Versos French Louis Ange Pitou Le Père Hilarion

French poem

Le Père Hilarion

by (1767–1846)

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AUX FRANÇAIS.

Fait au premier janvier 1797.

Parallèle des abus du cloître avec les abus de 1793, 94, 95 et 96.

Air: A moins que dans ce monastère.

Peuple français, peuple de frères, Souffrez que père Hilarion, Turlupiné dans vos parterres, Vous fasse ici sa motion (bis). Il vient sans fiel et sans critique, Et sans fanatiques desseins, Comparer tous les capucins Aux frères de la république.

Nous renonçons à la richesse Par la loi de notre couvent, Votre code, plein de sagesse, Vous en fait faire tout autant. Comme dans l'ordre séraphique, Ne faut-il pas, en vérité, Faire le voeu de pauvreté, Pour vivre dans la république.

On nous défend luxe et parure, Et vos frères les jacobins Avaient la crasseuse figure De nos plus sales capucins. Notre chaussure est sympathique; Souvent sans bas et sans souliers, On voit par-tout des va-nu-pieds, Capucins de la république.

Tout comme dans nos monastères, Vous aviez vos frères quêteurs, C'étaient vos braves commissaires Et vos benins réquisiteurs. Par leur douceur évangélique Et par leur sainte humanité, Comme ils faisaient la charité Aux pauvres de la république!

On nous ordonne l'abstinence, Dedans notre institut pieux: N'observait-on pas dans la France Le jeûne le plus rigoureux? Dans votre carême civique, Vous surpassiez le capucin; En vivant d'une once de pain, Vous jeûniez pour la république.

Par un vieux règlement d'usage Nous faisons voeu de chasteté; Le sacrement de mariage Par vos frères est rejeté. Dans cette gaillarde pratique, Qu'il est beau de voir à présent, Pour une femme seulement, Vingt filles de la république!

Nous avons notre discipline, Instrument de punition. Vous avez votre guillotine, Fraternelle correction. Ce châtiment patriotique Est bien sûr de tous ses effets; Il n'en faut qu'un coup pour jamais Ne manquer à la république.

Demandant toujours des réformes, Vous avez fait tout réformer; De toutes vos nouvelles formes, Quand je vous entends murmurer, Je vous dis, trève de critique, Puisque vous l'avez fait créer, Il faut bien vous accoutumer, A supporter la république.

Rien ne vous plaît, tout vous ennuie, Vous voulez toujours innover; En abhorrant la monarchie, Vous ne pourrez vous en passer. Pour jouer nos capucinades, Notre cloître était excellent; Faudrait qu'il fût cent fois plus grand, Pour jouer vos arlequinades.

Agréez, mes chers camarades, Le salut de l'égalité, Et recevez mes accolades, En signe de fraternité; Mais respectez ma barbe antique, Lorsque je viens vous embrasser, Et ne la faites point passer Au rasoir de la république.

Disette du pain, depuis le mois de décembre 1791, jusqu'en avril 1796.

Le mariage à l'église fut défendu à l'époque de leur fermeture, en octobre 1793, jusqu'au mois de septembre 1795.

LA CHARENTE.

Ce vaudeville poissard est la relation fidèle du combat que nous soutînmes depuis minuit jusqu'à six heures du matin, le 21 mars 1797, sur la frégate la Charente, qui sortit de la rade de Rochefort dans la nuit du 20 mars, pour nous déporter à Cayenne. Le lendemain, en avançant en haute mer, nous vîmes à notre poursuite trois bâtiments anglais, le Vieux Canada, de 74 canons, escorté des frégates la Pomone et la Flore, toutes deux de 42 pièces. Toute la journée nous tentâmes de gagner les côtes de Médoc; mais la Flore nous rasait la terre: la Pomone gagnait au large, et le Vieux Canada fermait la marche. Dans la journée on jeta à la mer toute la cargaison et une partie de nos effets pour délester le bâtiment. La nuit vint, et nous nous perdîmes de vue; à minuit la lune nous trahit et nous nous trouvâmes près de l'écueil du phare Cordouan. Les Anglais nous débouquèrent; la marée montait; le combat s'engagea. On délesta de nouveau le bâtiment, qui, démâté par le canon, le gouvernail brisé, nous fit échouer sur les ruines de l'ancienne ville des Olives, près la rade de Royan, à dix-huit lieues de Bordeaux.

Air: Stuila qu'a pincé Berg-op-Zoom.

Ventrebleu qu'il est donc brutal, (bis.) Ce carillon de germinal; J'crayons ma foi que c'te Charente, Au diable f.... l'épouvante.

Voyant ces trois châtiaux flottants, J'avions largué la voile aux vents; Avec tout nout échapatoire, Fallut nous casser la mâchoire.

Par là corbleu, monsieu Breuillac, N'est ma foi point un monsieu d'Crac, C'est f.... ben un pinc' sans rire, Que malgré lui l'Anglais admire.

Not maison quand brutal ronflait, Sur le rocher se reposait. J'avions un pied dans l'onde noire, Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire.

Au milieu de tout c't'embarras, Le grand marin qu'je n'voyons pas, Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage, A lui seul sauva l'équipage.