Versos French Louis Ange Pitou Destinée

French poem

Destinée

by (1767–1846)

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DE LA FEMME COQUETTE.

Air: Tôt tôt tôt, battez chaud, etc.

La jeune Elvire à quatorze ans, Livrée à des goûts innocents, Voit, sans en deviner l'usage, Éclore ses charmes naissants; Mais l'amour, effleurant ses sens, Lui dérobe un premier hommage: Un soupir Vient d'ouvrir Au plaisir Le passage, Un songe a percé le nuage.

Lindor, épris de sa beauté, Se déclare: il est écouté: D'un songe, d'une vive image, Lindor est la réalité. Le sein d'Elvire est agité, Le trouble a couvert son visage; Quel moment, Si l'amant Plus ardent A cet âge Avait hasardé davantage!

Mais quel trouble vient la saisir Cet objet d'un premier désir, Qu'avec rougeur elle envisage, Est l'époux qu'on doit lui choisir. On les unit; dieux! quel plaisir! Elvire en fournit plus d'un gage; Les ardeurs, Les langueurs, Les fureurs, Tout présage Qu'on veut un époux sans partage.

Dans le monde, un essaim flatteur Vivement agite son coeur. Lindor est devenu volage, Il a méconnu son bonheur. Elvire a fait choix d'un vengeur Qui la prévient, qui l'encourage; Vengez-vous, Il est doux, Quand l'époux Se dégage, Qu'un amant répare l'outrage.

Voilà l'outrage réparé, Son coeur n'est que plus altéré. Des plaisirs le fréquent usage Rend le désir immodéré. Son regard fixe et déclaré A tout amant tient ce langage: Dès ce soir, Si l'espoir De me voir Vous engage, Venez, je reçois votre hommage.

Elle épuise tous les excès; Mais au milieu de ses succès, L'époux meurt, et pour héritage Laisse des dettes, des procès. Un vieux traitant demande accès, L'or accompagne son message: Un coup d'oeil Est l'écueil Où l'orgueil Fait naufrage; Un écrin couronne l'ouvrage.

Dans ces laborieux passe-temps, Elvire a passé son printemps: La coquette d'un certain âge N'a plus d'ami, n'a plus d'amants. En vain de quelques jeunes gens Elle ébauche l'apprentissage; Tout est dit, L'amour fuit On en rit, Quel dommage! Mais Elvire enfin devient sage.

LES GANTS.

Air: Du petit Matelot.

L'hiver, mes amis, sera rude, Et de pester j'aurai le droit; Car ma singulière habitude Va me reprendre avec le froid. J'ai beau m'en faire le reproche, Même sottise tous les ans; Pour avoir chaud, c'est dans ma poche Que j'ai toujours porté mes gants.

Pourtant la lecture rend sage; J'ai beaucoup lu, sans vanité. Ganter ses mains est un usage Consacré par l'antiquité. Nos paladins à l'humeur fière, Que faisaient-ils au bon vieux temps, Pour rendre plus chaude une affaire, Au nez ils se jetaient leurs gants.

Assez souvent un homme en place, De tous les vices suit la loi; Est-ce en lui faisant la grimace Que nous obtiendrons un emploi? Quoique son méchant caractère Agite et révolte nos sens; Voulons-nous gagner notre affaire? Pour lui parler prenons des gants.

Au théâtre, si mon ouvrage Satisfait peu les assistants; S'il est suivi, non d'un orage, Mais de sourds applaudissements, Rendons ma honte supportable; Disons par tout: quel contre-temps! Il faisait froid, un froid du diable! Tout le monde avait mis des gants.

Jeunes fillettes qu'on marie, Le gant blanc vous est présenté; A votre main, il signifie Innocence et fidélité. Faut-il qu'un seul point m'importune! Faut-il, au bout de quelque temps, Qu'à chaque doigt, sans crainte aucune, Vous déchiriez ainsi vos gants!

Si, dès la première journée, Parfois l'époux a du souci, N'accusons point la destinée; Il n'en est pas toujours ainsi. Voyez celui qu'amour invite A cueillir rose du printemps; Pour peu que l'arbuste s'agite, Il s'écriera: j'en ai les gants.

GRÉTRY neveu.

LE MOT ET LA CHOSE.

Adressé à une femme susceptible par d'autres femmes.

Air: Dans ce salon où du Poussin.

Avec un maintien aussi doux, Avec autant de modestie, Pourquoi tous fâcher contre nous A la moindre plaisanterie? Pour tous, un aussi mauvais lot Fait dire à chacun dans sa glose, Que vous vous offensez du mot, Et que vous aimez mieux la chose.

Si tel est votre bon plaisir, Votre goût est vraiment louable; Il est toujours bon de choisir L'utile au lieu de l'agréable. Quand l'hymen sera votre lot, Je vois que votre seule clause Sera de tous priver du mot, Et d'aimer plus souvent la chose.

Ne disputons plus désormais, Chacun a son goût dans ce monde; Qu'il soit bon, ou qu'il soit mauvais, C'est bien à tort que l'on en gronde. Mais pour rétablir au plutôt Une paix que je vous propose, De grace, laissez-nous le mot, Nous vous abandonnons la chose.

F. D.