French poem
Baiser de Muse
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Je l’ai gardé ce bon baiser de muse ! Comme une perle, il rayonne à mon front ; Et désormais, qu’on me flatte ou m’accuse, Sans l’effacer les soucis passeront.
Je l’ai gardé ce baiser de poëte ! Comme un bon vin qui réchauffe au départ, Quand sur le seuil, au chant de l’alouette, Le cheval brun hennit dans le brouillard !
Je l’ai gardé dans mon âme sereine Comme un espoir et comme un souvenir… Alain Chartier eut un baiser de reine, Mais de plus haut un baiser peut venir !
Je l’ai gardé, comme ces amulettes Qui font le cœur plus solide ; ― et pourtant, Bien qu’il soit sot de songer à ses dettes, Que je voudrais vous le rendre au comptant !