French poem
Amour double
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Ami, tu disais toi-même : — Et j’entends encor ta voix ― « Il ne se peut pas qu’on aime Deux maîtresses à la fois ! »
Tu m’as bien trompé !… regarde L’effet d’un mot hasardeux : J’ai vécu sans prendre garde, Voilà que j’en aime deux !
Je ne sais pas trop laquelle Me cause moins de souci ; Car, si l’une est la plus belle, L’autre est la plus belle aussi.
Où me fixer ? comment faire ? Le doute a gagné mes yeux. C’est l’une que je préfère, C’est l’autre que j’aime mieux.
Et mon pauvre cœur qui flotte De l’une à l’autre beauté Semble un vaisseau sans pilote Par tous les vents emporté.
— Amour, qui me dois connaître, Pourquoi doubler mes douleurs ? Il suffisait d’une, ô maître, Pour me coûter bien des pleurs !…