Versos French Louis Bouilhet Abrutissement

French poem

Abrutissement

by (1821–1869)

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Les hommes sont si mauvais Que, sans pleurer, je m’en vais Du monde. Pour la haine ou l’amitié Je n’ai plus qu’une pitié Profonde.

Au point de nous empester, Chaque jour on voit monter Les fanges. Dans mon désespoir fougueux Je ne crois pas plus aux gueux Qu’aux anges.

J’ai souffert tant de tourments, J’ai connu tant de serments Frivoles, Que j’évite avec grand soin, Amour, les lieux où de loin Tu voles !

Las d’aller, les bras pendants, Des noirs coquins aux pédants Moroses, J’ai placé tout mon orgueil À planter près de mon seuil Des roses.

Je mange et je dors en chien Plus rien de noble et plus rien D’austère ! Comme d’un cruchon fêlé, Mon esprit s’en est allé Par terre.

Tout, d’ailleurs, en ce séjour, Suit le maître, et par amour L’imite ; Et la nature a lutté Avec ma stupidité D’ermite.

Les arbres de mon jardin Penchent d’un air anodin Leurs têtes ; Et les bêtes dans ma cour Deviennent de jour en jour Plus bêtes.

Juin 1869.