Versos French Louis Bouilhet Air de chasse

French poem

Air de chasse

by (1821–1869)

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I

Le soleil va chasser la nuit ; Pâle Phoebé, reine aux longs voiles, Il est temps de rentrer, sans bruit, Ton troupeau de blanches étoiles !

Déjà des bois silencieux L’aube pénètre le mystère… Que fais-tu si tard dans les cieux, Quand nous t’attendons sur la terre ?

II

Elle vient ! Elle vient !… de son pied diligent Entendez-vous, là-bas, le bruit léger dans l’herbe ? Mais ce n’est plus Phoebé par les cieux voyageant… C’est Diane au cœur dur, Diane au front superbe ! Elle a ses blonds cheveux liés comme une gerbe, Et sur son dos bruni sonne un carquois d’argent.

III

À nous, déesse !… en chasse ! en chasse ! Le bois s’emplit de cris ardents. Les chiens sont fous. Voici la trace Des sangliers aux longues dents !…

Au galop, courbés sous les branches, Plus vite, allons ! Plus vite encore ! La mince flèche aux ailes blanches Siffle, comme le vent du nord.

Nous courons, nous volons ; ― victoire ! Les épieux et les javelots !… La bête en tient ; ― la mousse noire Boit, par les monts, son sang à flots.

Elle tombe, à bout de colères ; Et sa blessure, en s’épanchant, Rougit le lac aux ondes claires, Comme fait un soleil couchant.

IV

Les cornets ont sonné, ― la nuit vient, ― qu’on se presse ! Amis, la route est longue après les durs combats. Six chevaux traîneront, fiers et pleins d’allégresse, Le monstre hérissé, trop pesant pour nos bras. Diane ! En ton honneur nous brûlerons sa graisse ! Phoebé, remonte aux cieux pour éclairer nos pas !…