Versos French Louis de Fontanes La Vieillesse

French poem

La Vieillesse

by (1757–1821)

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Quand des prés l’herbe est fanée, Quand les bois n’ont plus d’abris, La vieillesse de l’année Plait encor dans ses débris ; Le sein profond de la terre Sous le froid qui le resserre Concentre alors ses chaleurs, Et l’hiver, chargé de rides, De ses dépouilles arides Nourrit le germe des fleurs.

Tel est l’emblême du sage Qui, dans l’arrière-saison, Par un long apprentissage Sut affermir sa raison ; Des erreurs désabusée, Son âme n’est point usée Dans un corps presque détruit ; Ses mœurs instruisent le monde, Et leur semence féconde À jamais se reproduit.

Ses exemples honorables Par ses fils sont imités ; Ses paroles vénérables Sont l’oracle des cités ; Je ne sais quel Dieu l’inspire ; Ses conseils ont plus d’empire sous ses cheveux blancs ; C’est Hécla, blanchi de neige, Qui, sous l’hiver qui l’assiége, Vomit des fleuves brûlants.

Vieillards, qu’on rende à votre age Des honneurs religieux ; Malheur à qui vous outrage ! Il outrage aussi les Cieux. À vos lèvres instructives Les siècles de leurs archives Ont confié le trésor ; Parlez, et qu’on soit docile ; Jadis le superbe Achille Se taisait devant Nestor.

Ma jeunesse m’est ravie, Le soir des ans m’apparait, Mais le déclin de la vie N’est point pour moi sans attrait ; Ô que Tullins m’enchante, Alors que sa voix touchante Fait parler ce vieux Romain, Qui, vers le dernier asile Descendant d’un pas tranquille, Cueille des fleurs en chemin !

Ces fleurs sont la paix de l’âme, La santé, fille des mœurs, Le travail dont le dictame Guérit nos sombres humeurs ; Doux travail ! Muses propices ! On brave sous vos auspices Le sort, l’âge et les revers ; Jusqu’à ma dernière aurore, Venez me bercer encore Au bruit des chants et des vers.

Le temps, mieux que la science, Nous instruit par ses leçons ; Aux champs de l’expérience J’ai fait de riches moissons ; Comme une plante tardive, Le bonheur ne se cultive Qu’en la saison du bon sens ; Et, sous une main discrète, Il croîtra dans la retraite Que j’ornai pour mes vieux ans.

Sous l’ardente canicule Le soleil plus irrité De la sève qui circule Échauffe l’activité ; Mais l’eau tarit, l’herbe expire, L’homme avec peine respire Une lourde exhalaison ; Et des plaines sulfureuses Moment ces foudres nombreuses Sous qui tremble l’horizon.

L’ombre vient et nous ramène La Déesse au front changeant, Dont le Silence promène Les coursiers aux pieds d’argent ; La campagne reposée Du jour pur de l’Élysée Semble réfléchir les traits, Et, sous la clarté paisible, Le firmament plus visible Développe ses secrets.

Ainsi, sur notre vieillesse Luit un astre aux doux rayons, Dont le calme éteint l’ivresse Des bruyantes passions ; Je te suis, Phare céleste ! Le court chemin qui me reste N’est pas éloigné du port ; Et j’accepte les présages De ce long jour sans nuages Qui commence après la mort.