Versos French Marie Krysinska Duetto

French poem

Duetto

by (1857–1908)

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Ah méchante Lydie, trop tendrement aimée ! Renoncez, Myrtil, à me vouloir gagner, Vous êtes un brave et gentil berger Dont l’amitié me plaît. Mais est-ce ma faute, si je ne puis à tous moments Entendre parler d’amour sans rire follement.

Riez, cruelle fille ! Un jour sans doute, Vénus Me vengera lorsque l’instant sera venu Pour vous, des pleurs et des chagrins, Quand à votre tour, vous aimerez en vain. Choisissez, de grâce, Myrtil, pour vos discours Quelque objet auquel je puisse entendre Ce mot d’amour, — je ne le comprends mie.

Ah ! Lydie, c’est le mot le plus tendre, C’est par sa souveraine magie Que le ciel descend sur la terre Et que les périssables humains Peuvent un instant le tenir dans leurs mains Unies.

Mon ciel à moi, c’est la libre fantaisie, C’est un cœur léger que nul lien ne lie. Ainsi, je puis, petite reine sans royaume, Si bon me semble, régner sur tous les cœurs des hommes. Est-il plaisir plus charmant Que celui des couples fidèles Errants au gré d’Eros sous les quinconces frêles Quand la campagne est rose de soleil couchant ?

Est-il plus merveilleux plaisir Que rire et chanter Insoucieuse, ainsi qu’un oiseau sous la ramée ? Être l’objet de tous les désirs Et son cœur garder ?

L’oiseau connaît le temps où l’abri des ramées Devient un nid d’amour par Astarté béni. De mille soins, alors, l’oiselle importunée Prisonnière avec la marmaille reste au logis. Quand la saison a perdu sa parure Et que les bois sont frissonnants, Rien n’est changé pour les amants, Rien à leurs yeux ne peut sembler morose Dans leurs cœurs, immortelles, éclosent des roses.

Quand aux violons babille le menuet Danser en robe aux galants paniers Où éclosent des roses brodées Est-il plus aimable divertissement ? À deux l’existence est Un rêve extasié Et c’est d’un pas allègre, valeureux Que l’on parcourt ses chemins mauvais À deux.

Bien souvent en se querellant Fi ! de l’amour ce méchant ! L’amour est un voile enchanté Sur les humaines peines jeté Par lui, les nuits et les jours ont des ailes, Toute vie est née de son étincelle.

Non, non, je ne me laisserai point prendre À vos beaux discours, ô rusé galant. Philomèle qui, le soir, dans les bois se lamente M’a dit l’inconstance des amants. Ô, Lydie, cueillons l’heure fugitive Sans songer aux lointains demains, Tandis qu’en tes regards brille une flamme vive Tandis que la jeunesse met un diadème Plus beau, sur ton front, qu’une couronne de reine.

(Il l’enlace.)Laisse mes baisers s’ébattre par essaims Sur les corolles blanches et roses De ta beauté qui fleuronne. Par le vœu d’Aphrodite éclose, Laisse mon cœur conter au tien tout bas Son cher secret, son délicieux émoi.

Ah ! trop d’audace, Myrtil, vous entraîne, Au dangereux amour je me veux dérober. Je vois, Lydie, méchante lutine, Que ma cause est perdue à jamais Et que tu ne veux point m’aimer, J’irai donc me pendre en la forêt voisine.

Aux dieux ne plaise, gentil berger Que j’entreprenne vous contrarier ! Ah ! votre cœur est plus féroce, sur ma foi, Que celui des louves des bois. Eh ! bien, ce n’est point le trépas Que j’irai chercher sous la charmille Mais quelque autre belle fille. Adieu !

(Fausse sortie.) Arrêtez, Myrtil ! Cet entretien Ne me déplaît point. Non, Lydie, de mes plaintes importunes Je ne veux plus vous lasser.

Sachez, innocent garçon, Que l’oreille des filles n’est point blessée des sons Langoureux Des reproches amoureux. Eh ! le beau sort ! pour vous n’être qu’un passe-temps, Laissez-moi vous quitter à présent !

Myrtil, Vous avez compris de travers, et faut-il Tout net m’expliquer ? N’en prenez point la peine. Et qu’entends-je ici ?… Par le violon du vieux ménétrier conduit Passe le gai cortège des nouveaux mariés.

Pleurez, ô jeune fille, sur votre liberté ! Voyez donc, son visage est tout rayonnant d’aise. Adieu les menuets aux accents qui plaisent, Vous n’irez plus danser En robe aux galants paniers Où éclosent des roses brodées.

Voyez comme tendrement ils se donnent la main. La vie leur apparaît comme ce clair chemin Fleuri de marguerites et de soleil baigné, Qu’à cette heure ils parcourent d’un pas enivré. Qu’elle eût mieux fait la pauvrette, de son cœur garder.

Myrtil ! J’en dois faire l’aveu ici J’ai changé de sentiment. Moi aussi. Hélas ! quand de m’aimer je vous donne loisir, Ne suis-je plus l’objet de vos désirs ?

Est-il plus merveilleux plaisir Que rire et chanter, Insoucieux, ainsi que l’oiseau sous la ramée ? L’oiseau connaît le temps où l’abri des ramées Devient un nid d’amour par Astarté béni.

Ah ! Laissez-moi vous fuir ! Fuyez donc le bonheur et fuyez ma tendresse Ô berger trop cruel ! Non, non, chère Lydie ! Mon cœur toujours fidèle Vole vers toi, puisque le tien se rend enfin À l’amour.

C’est le mot le plus tendre. C’est par sa souveraine magie Que le ciel descend sur la terre Et que les périssables humains Peuvent, un instant, le tenir dans leurs mains Unies.