Versos French Marie Krysinska La charité

French poem

La charité

by (1857–1908)

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À Gaston de Raimes.

Par les champs, par les villes, La Charité chemine ; Elle chemine à petits pas, Car ses pieds délicats Sont las D’avoir dansé.

Elle a du pain rassis Dans sa sacoche En peau de crocodile. Elle a du pain rassis Pour les oiseaux Dignes d’intérêt : Poules et canards Qui seront plus tard Bons à croquer.

Dans les branches réveillées Par le compatissant Printemps, Les moineaux se congratulent Et dédient au compatissant Printemps De jolis sonnets, De mignons rondels Et des cavatines charmantes ; Car tout l’hiver ils ont mangé De la vache enragée.

La Charité se dit : Vous n’aurez pas de mon pain rassis, Petits bons à rien Qui perdez votre temps à chanter ; — Je le garde, mon pain rassis, Je le garde pour les oiseaux Dignes d’intérêt.

Elle marche sur les marguerites Et sur les trèfles roses ; Portant dans son cœur vide d’amour De vastes projets Et sous son front morose Des pensers moroses ; Sans voir les bleuets Bleus comme le ciel — Et le ciel bleu Comme les bleuets.

Or, un vieux pauvre assis Sur la route au soleil, Oubliant ses durs soucis, Bénissait le soleil. Et comme passait la chagrine Figure, Il la prit en pitié, Lui voyant un front si morose : — Celle-ci — dit-il — Est plus pauvre que moi.

Et quittant sa place Sur la route au soleil, Le pauvre s’approcha d’Elle Et, très timidement, Lui donna un sou.

3 août 1889.