Versos French Marie Krysinska La fileuse

French poem

La fileuse

by (1857–1908)

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File mon rouet Confident fidèle De ma longue peine File mon voile de mariée Blanc comme le lait

File mon rouet Car mon bien-aimé Parti guerroyer Bientôt reviendra Il me l’a juré.

Partant, il m’a dit : « Tant que la rose ne fleurira Parmi la neige, mon cœur battra Chère mie, pour toi. »

File mon rouet Au dehors le vent gémit File mon rouet, Que ton bruit léger Que ton joli bruit Berce mon ennui.

(On frappe.) Qui frappe ?

voix au dehorsUne pauvre vieille transie

la fileuseEntrez, bonne vieille, approchez-vous du feu L’hôte qui passe est envoyé de Dieu.

Prenez du pain de farine clair, Il y en a plein la huche Et de quoi remplir votre verre De miel fermenté dans cette cruche.

la vieilleFillette, pour ton hospitalité, Un conte je vais te conter.

J’ai vu sur la plaine Lointaine La neige blanche En avalanche, Étendue ainsi qu’un drap frais,

Et sur ce drap, D’un beau sang rouge éclaboussé, Dormaient des chevaliers tombés Dans le Combat. La rafale hurlait Lugubre et moqueuse. « Braves chevaliers, Vous ne reverrez Jamais plus vos mères, ni vos amoureuses. »

Des corbeaux pressaient leur vol tournoyant Au-dessus des morts. Des roses de sang Fleurissaient sur la neige pâle, Autour des héros par l’épée fauchés. — Parure sans égale ! — Et ton amant était là, couché.

la fileuseFile mon rouet De mon voile de mariée, Un voile de nonnain j’en ferai, Au cloître je prierai Dieu, toute ma vie, Pour que, dans son paradis, Il me rende mon ami.