French poem
La Céphalalgie
Celui qui garde dans la foule Un éternel isolement Et qui sourit quand il refoule Un horrible gémissement ;
Celui qui s’en va sous la nue, Triste et pâle comme un linceul, Gesticulant, la tête nue, L’œil farouche et causant tout seul ;
Celui qu’une odeur persécute, Et qui tressaille au moindre bruit En maudissant chaque minute Qui le sépare de la nuit ;
Celui qui rase les vitrines Avec de clopinants cahots, Et dont les visions chagrines Sont pleines d’ombre et de chaos ;
Celui qui va de havre en havre, Cherchant une introuvable paix, Et qui jalouse le cadavre Et les pierres des parapets ;
Celui qui chérit sa maîtresse Mais qui craint de la posséder, Après la volupté traîtresse Sa douleur devant déborder ;
Celui qui hante le phtisique, Poitrinaire au dernier degré, Et qui n’aime que la musique Des glas et du Dies iræ ;
Celui qui, des heures entières, Comme un fantôme à pas menus, Escorte jusqu’aux cimetières Des enterrements d’inconnus ;
Celui dont l’âme abandonnée A les tortillements du ver, Et qui se dit : « L’heure est sonnée : Je décroche mon revolver !
Cette fois ! je me suicide : À nous deux, pistolet brutal ! » Sans que jamais il se décide À se lâcher le coup fatal :
Cet homme a la Céphalalgie, Supplice inventé par Satan ; Pince, au feu de l’enfer rougie, Qui mord son cerveau palpitant !…