French poem
58 (Fiers de leurs hauts chaussons tout…)
by Maurice Vaucaire (1863–1918)
Fiers de leurs hauts chaussons tout ourlés de fourrure, De leurs biceps, de leur chair, véritable armure, Dans de sales maillots qui font de vilains plis, Les lutteurs aux jarrets d’acier, aux reins solides, En toisant le public prodiguent des défis. Un compère répond : « pas peur des invalides ! « Holà ! j’demande un gant et j’choisis le petit ! » Le petit, un trapu bien musclé qu’on appelle Le Bourreau des Faubourgs. Le Bourreau des Faubourgs.Or, mis en appétit,
Les badauds parisiens s’entassent pêle-mêle : Ouvriers et soldats et quelques élégants, Quand les hardis lutteurs ont lancé tous les gants.
Franchement, les champions s’avancent l’un vers l’autre Et se donnent la main en guise de salut. Puis le duo commence ; on s’enlace, on se vautre, On s’arrête, ainsi que deux gros chiens à l’affût, Épiant le moment propice de la lutte. Le public prend parti pour son représentant, Applaudit l’amateur après chaque culbute Et le poursuit de l’œil, curieux, haletant. Les mains claquent à plat sur les épaules nues, Et les poitrines ont un rauque sifflement. Le public ne sait pas les choses convenues, C’est que l’amateur doit s’abattre adroitement En laissant au lutteur l’honneur de la victoire. Sans un doigt de rancune, après, ils s’en vont boire ; Car demain le lutteur tiendra lieu d’amateur, Et l’amateur aura le maillot du lutteur.