French poem
7 (Si la pauvre reine Antoinette…)
by Maurice Vaucaire (1863–1918)
Si la pauvre reine Antoinette Revoyait ce clavecin vieux Duquel sa main gracile et nette Tirait des sons mystérieux,
Sa tête séparée, exsangue, Penserait : « La chanson ne va » Plus de mon cœur jusqu’à ma langue, » Moi qui fus reine et fus diva !
» Ces touches d’un ivoire pâle » S’usèrent sous mes doigts royaux ; » Elles se rappellent l’opale » De mes bagues, rares joyaux.
» Mes yeux bleus sont devenus ternes, » Mes fines oreilles, jamais » N’entendront vos chansons modernes, » Ni les vieux refrains que j’aimais !
» Ne m’évoquez pas amants mièvres ! » Pour qui ce temps enseveli » — Un sujet de rêve joli — » Est un excitant à vos fièvres !
» Ne m’évoquez pas, amants mièvres » Car vos baisers je les entends, » Eux, vont de vos cœurs à vos lèvres, » Et moi je n’ai ni cœur, ni dents. »