Versos French Michel Abadie À Saint-Georges de Bouhélier

French poem

À Saint-Georges de Bouhélier

by (1866–1922)

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Puisque la forêt lumineuse Ô Saint-Georges de Bouhélier ! T’ouvrit les sentiers familiers Des bacchantes et des faneuses ;

Puisque, dans leurs agrestes courses, Les nymphes qu’adore le vent Surent extasier souvent Ton âme heureuse au bleu des sources ;

Puisque tes yeux splendides vers La nature et ses vertes granges Au fracas de flammes étranges Soudainement se sont ouverts ;

Puisque la foi stelle tes yeux Et que les strophes de lumière Que ta lyre dérobe aux deux Épanouissent les chaumières ;

Puisque notre terre bat toute Au cœur de ta Lyre enivrée, Et qu’à genoux le monde écoute La voix des héros que tu crées ;

Puisqu’au bois où tu la promènes Sous l’éternel soleil des nids, Églé s’épanche en pleurs bénis Qui font briller tes mains humaines ;

Puisqu’en ta jeune âme qu’enchante La voix des brises et des eaux Tressaille l’âme des roseaux Aux vivantes harpes vibrantes ;

Puisque, tremblant, tu te recueilles Lorsque les rossignols troubleurs Qu’éclairent les flambeaux des fleurs Mêlent leur hymne au bruit des feuilles ;

Puisque pour t’adorer sans doute Une blonde escorte d’enfants Agite des lis sur la route Où chantent tes pas triomphants ;

Puisque tu viens, éclaboussant D’allégresse la joie des roses, Et que, dans nos nuits, ta Lyre ose Jeter des cris resplendissants ;

Puisque, sous d’admirables dais, Tu charmes les fleurs que tu foules, Magnifique dieu qu’attendait L’âme douloureuse des foules ;

Tu es celui qui porte la grâce Et les prophétiques rayons ; Sur nos chemins noirs tes haillons Laissent de flamboyantes traces !

Gloire à Toi que salue l’Azur Et que la terre heureuse adore ! Ta voix fait, dans les matins purs, Surgir la foi dont tout se dore.

Tu es l’Orphée des demains promis. Comme un soleil luit ta pensée Sur l’humanité harassée : Gloire à Toi qui nous a soumis !

L’aurore des terrestres fêtes, Se lève, chantante, aux clartés De tes sombres yeux de prophète. Salut, doux porteur de beauté !

⁂ L’azur para d’antiques flammes Ton vaste front d’illuminé, Ton luth dans le désert des âmes, Tel, un flambeau d’or, a tonné.

Tu nous viens, ceint de fleurs, prêchant Le culte de la vie splendide, Vers l’éternelle Isis tu guides Les hommes que troublent tes chants.

Tu jettes à l’humanité Qui, vieille et lasse, balbutie, Tes éclatantes prophéties En rythmes beaux comme un été.

Levant sur les âmes meurtries Un flamboiement de chants nouveaux, Tu solennises les travaux De l’homme qui peine et qui prie.

Tu portes la manne de joie Qui fleurira dans tous les yeux La plaine où dort le blé joyeux, Au son de tes hymnes, ondoie.

Les monts, les forêts et les champs T’élèvent des apothéoses, Et, dans l’allégresse des choses, Ton beau Luth embrasé de chants,

À l’éclair des foudres pareil, Convie les hommes solitaires Aux belles fêtes de la terre, Aux saintes rondes du soleil !

Chantre d’Églé, de l’aube et des sources sonores En qui la belle voix des dieux a resplendi, La mer s’enflait vers Toi des chants qui vont éclore Quand les merveilleux enfants des hommes t’ont dit :

— « Tu nous révélas l’ordre et la beauté des choses Toi que les bois ont enivré de rires blancs ! Tu sais l’hymne des lys et des orphiques roses Et tu fleuris nos fronts de myrtes consolants.

La nymphe aux sombres yeux d’azur fut ton élue, Son cœur pacifia ton cœur. Quand tu nous vins Les ombrages t’avaient appris les mots divins, La terre t’avait dit : Héros, je te salue !

Au temple où gronde un chœur de verdoyants clairons, Que les sureaux pieux investissent d’ombelles, L’heureuse hamadryade avait mis à ton front La clarté des levants et des étoiles belles.

Flore t’offrait l’éclat de ses seins nus où dort Un ciel mystérieux de grappes ruisselées, Tu revenais, plus grand, l’âme toute troublée, De ton hyménée chaste avec les sources d’or.

La Beauté sanglotait, en deuil comme une veuve… Ton luth brillait du sang des dieux dont il est teint, Et dans la gloire éblouissante des matins Tu jetas la douceur de tes paroles neuves !

Tes poèmes ouataient de baisers les chemins, La Vie vers toi tendait ses beaux bras de faunesse Et tu disais : Chantons l’amour pour qu’il renaisse ! Et les vierges joignaient leurs étoilantes mains !

Et les méchants obscurs qui s’en vont reniant L’opulente eurythmie des moissons et des brises, Les femmes que le cœur des fleurs n’a point éprises, Tous, au bruit des clartés, te suivaient en priant ! »…

⁂ Tu répondis : « — Les sycomores et les houx Dans l’urne de mon cœur mirent l’encens des joies, Et si mes chants sont beaux c’est pour que l’homme croie À la vie qui triomphe au creux des vallons roux.

Voici que l’amour luit aux fêtes des matins Et que sur les prairies ruisselle mon ivresse ! Je viens exalter l’œuvre et bercer le destin De ceux dont l’âme lasse est close à l’allégresse.

Puisque la foi se fane et que les pauvres pleurent Indifférents aux soirs qui me laissent troublé, Je viens mêler, au seuil des rustiques demeures, Toutes mes stances d’aube au tremblement des blés.

Et disant la candeur des humbles dans l’étable, Je fais luire la joie sur leurs plaintifs foyers Pour que toujours le pain ensoleille leur table Et que leurs doigts d’enfants se joignent pour prier.

Et je conduis, avec des chants, leurs pas obscurs Vers tous les éblouissements qui me bercèrent Voulant que les coteaux fassent leurs yeux plus purs Et l’azur apaisant, plus douce leur misère.

Et comme sur la glèbe douloureuse, ils prient Sans que le ciel s’entr’ouvre à leurs sanglots, afin Que tout sur notre terre sainte leur sourie, J’apporte les clartés d’amour dont ils ont faim ! »

⁂ Eux chantaient : « Verse-nous ta flamme cadencée Toi qui portes la grâce et la bonté du juste ! Ton luth, bénissant l’homme et son labeur auguste, Épand le vin de vie en lyrique rosée.

Ton âme pure, aux sons des chants, ruisselle toute, Tu vêts d’harmonieux rayons tous les vouloirs, En toi le sang des terres bat ! Et l’on t’écoute Ainsi qu’on prie à l’heure où naissent les grands soirs.

Ivre d’amour, ton luth disperse au vent humain Comme un vin de lueurs les semences croyantes, Tu domines le monde ! Et les mers flamboyantes Ont soufflé des éclairs d’épopée dans tes mains.

L’âme du monde brûle aux flammes de ta foi Doux Chantre ! Et nous nous prosternons devant ta Lyre, — Ton héroïque Muse a nourri nos délires — Eurydice s’en vient, suppliante, vers toi.

La terre immense, crie d’allégresse en voyant Tes clartés ! Et demain, sur les bouches des hommes, Comme un vaste feu d’or fulgure aux sombres dômes Ton beau nom immortel volera, flamboyant ! »