Versos French Michel Abadie Invocation

French poem

Invocation

by (1866–1922)

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Rocs des abîmes bleus de buis ! et toi, lumière Entre les bras de qui tressaillent les chaumières Qu’habitent sur les monts d’éblouissants bergers ; Églises de verdure et de roses, vergers Gonflés de fraises d’or, de menthes et de pommes Qui mûrissez la force et la douceur des hommes Et baignez d’azur frais leur mortelle beauté ; Vignes fières des fruits que vos bras ont portés, Par le soleil, ainsi que des mères ravies ; Plaines qui me chantez le poème de vie ; Côteaux d’où coule un flot de candides soûleurs Qui nourrissez la brise avec le pain des fleurs Et qui, voulant votre âme à quelque éden pareille, La parfumez pour moi de pampres et d’abeilles Et bercez un printemps de nids à vos rameaux ; Mystérieux torrents qui connaissez les maux Dont sur vos bords d’exil palpite l’âme humaine ; Sources ensoleillées qu’au pied des fleurs promène L’auguste main d’un dieu caché dans les roseaux ; Forêts qui répandez les hymnes des oiseaux Afin d’illuminer les maisons et les lyres ; Lys dont la pureté monte en tremblants sourires Et guirlande d’éclairs le torse des rochers ; Brins d’herbe tressaillant comme des seins cachés, Vallons pamprés d’azur comme ceux d’Ionie ; Jardins où vit, au sein des roses, l’harmonie ; Saules dont l’aube blanche a baisé les cheveux Qui sanglotez, le long des rives, des aveux Plus attendris que ceux que les vierges soupirent ; Lac où flotte et triomphe un lumineux empire D’ondines dont les yeux sont les yeux d’or des soirs ; Rivages parfumés d’enfants blonds ; reposoirs De myrtes où s’assied la nuit souffrante et grave, Pins qui baignez vos clartés sombres dans les gaves À l’heure où la montagne accueillante s’endort ; Sommets où les couchants luisent en gouttes d’or Comme teints du sang pur de quelque cœur sublime, Cabanes qui penchez vos fronts vers les abîmes ; Pâturages et vous zéphyrs qui les baisez, Mer mouvante d’épis, champs radieux, laissez Doux compagnons ! en qui l’éternité flamboie Mon âme ! vous vêtir de sa naissante joie. J’apporte l’ode heureuse où l’amour resplendit. Car un matin d’idylle bleue vous m’aviez dit Vous tous qui me parlez avec des voix berçantes : — « Abaisse, comme un ciel, ta lyre bénissante Sur notre force aveugle et sur notre beauté ; Ombrage notre nuit de vivantes clartés Et brûle nous du feu de ta grâce féconde Pour que chante à toujours en nous l’âme du monde Et qu’au temple éternel où grondent nos courroux Un peu de la souffrance humaine batte en nous ! »