French poem
École buissonnière
by Michel Abadie (1866–1922)
Bercé par les bouleaux, j’ai dormi cette nuit Les cheveux dans les fleurs. Et je m’éveille au bruit Que font les fleurs en s’éveillant. Dans la hêtrée, La trompette des nids sonne une joie sacrée, Et ce matin m’est doux comme un baiser de toi. Les myrtils ploient leur front sous l’odorante loi D’une brise qui prit son rire aux chèvrefeuilles. Et je marche, les yeux fouettés de vertes feuilles, Sous un dais de rayons et je ne pense à rien. Je bois, comme un vin frais, l’amour aérien Qui de chaque brin d’herbe émerveillé s’élève. La candide forêt s’est parfumée de sève. Elle épand des éclairs sous mes pas buissonniers Et sa voix chante, avec la voix des chataîgniers, L’éternelle douceur d’adorer et de vivre. L’azur lave son front. Des tourterelles ivres Se querellent de joie dans les lambrusques d’or. Et le rameux sentier m’entr’ouvre un corridor Que constellent les yeux des jacinthes qui jasent ; Car toutes les clartés balbutient des extases Et m’illuminent l’âme avec de tendres voix. Des lys me tendent leurs calices et je bois, Et m’attarde, enlacé de ramures aimantes, Aux rires d’une églogue blonde dans les menthes…