Versos French Pamphile Le May A Mon Ami J. A. Genand

French poem

A Mon Ami J. A. Genand

by (1837–1918)

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Sous l'orme plein de sève Je me suis endormi, Et, dans un divin rêve, Je t'ai vu, mon ami.

Sur une tombe sainte Tu priais à genoux, Et ta sublime plainte Arrivait jusqu'à nous.

Tu disais à la brise Qui berce les rameaux, A l'humble pierre grise Qui marque les tombeaux:

Moi je n'ai plus de mère, Je suis seul ici bas Sur cette pauvre terre Où se traînent mes pas!

Je suis la sensitive Qui n'a plus de soleil, Et l'écho de la rive Qui n'a plus de réveil,

Le vagabond nuage Qui glisse à l'horizon Et la brûlante plage Qui n'a pas de gazon;

Car je n'ai plus de mère, Je suis seul ici bas Sur cette pauvre terre Où se traînent mes pas!

Je suis l'humble corolle? Qui tombe avant l'hiver, La barque sans boussole Au milieu de la mer!

Je suis le brin de mousse Qui rampe sur le sol, Ou le ramier qui pousse Une plainte en son vol;

Car je n'ai plus de mère; le suis seul ici-bas, Sur cette pauvre terre Où se traînent mes pas!

Je suis l'ombre légère Qui s'incline sans bruit, L'oiseau sous la fougère Qui gémit dans la nuit,

La roche solitaire Qui déchire les flots, L'airain du sanctuaire Qui jette des sanglots;

Car je n'ai plus de mère; Je suis seul ici-bas, Sur cette pauvre terre Où se traînent mes pas!

Je suis comme un rivage Qui n'a point de moissons, Je suis comme un bocage Qui n'a point de chansons!

Je suis le cerf agile Qu'une flèche a percé, Ou le roseau fragile Qu'un souffle a renversé;

Car je n'ai plus de mère; Je suis seul ici-bas, Sur cette pauvre terre Où se traînent mes pas!

Ainsi ta voix plaintive Murmura chaque mot, Et ma lyre attentive Les redit aussitôt.

Et je vis, mieux parée? Que la fille d'un roi, Une vierge adorée Qui s'approchait de toi.

Sur la tombe nouvelle Elle effeuilla des fleurs: —Je suis l'ange, dit-elle, Qui doit sécher tes pleurs;

Car tu n'as plus de mère; Tu vis seul ici-bas, Sur cette pauvre terre Où se traînent tes pas!