French poem
Abel et Cain
by Pamphile Le May (1837–1918)
La terre verdissait, qui venait d'émerger Des primitives eaux. L'antre au sombre orifice Etait, en ces jours-là, son unique édifice, Et l'homme vagabond y pouvait héberger.
Or, deux frères vivaient: un semeur, un berger. Ils offrirent à Dieu le premier sacrifice. Le berger fut béni. L'autre, usant d'artifice, L'attira sur son coeur afin de l'égorger.
La terre qui grandit dans la magnificence, S'enivre encore, hélas! du sang de l'innocence, Et garde la blessure ouverte dans son sein.
Et le bien et le mal seront toujours en lutte; Et les derniers enfants de la dernière hutte Seront peut-être encore un Abel, un Caïn.