Versos French Pamphile Le May Adoration

French poem

Adoration

by (1837–1918)

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Je t'adore, ô mon Dieu t Du fond de ma misère J'ose élever vers toi, vers toi qu'on dit sévère, Mes mains pleines d'iniquités. Mon front est prosterné devant ta face sainte. Je reprendrai, Seigneur, dans l'amour et la crainte, Les sentiers droits que j'ai quittés.

Je t'adore, ô mon Dieu, quand les brises tiédies Font chanter des forêts les cimes reverdies Et que les nids font leurs concerts; Quand l'hiver se revêt de son linceul de givre, Que l'aquilon mugit comme un cornet de cuivre Sur les chemins partout déserts!

Quand le soleil levant, d'une brillante gerbe Inonde ma fenêtre, et que le lis superbe S'ouvre pour l'autel du saint-lieu; Quand l'airain, vers la nuit, de vallée en vallée, Pour louer ton saint nom, sonne à toute volée, Je t'adore encore, ô mon Dieu!

Car c'est par toi, Seigneur, que le soleil se lève, Que les veines des bois sentent courir la sève, Que les fleurs étoilent les champs! Tu sais creuser un lit à la sombre rivière, Tu jettes dans l'espace ainsi qu'une poussière, Des flots d'astres étincelants!

Tu fais briller l'éclair, tu fais gronder la foudre, Tu commandes aux vents et lu réduits en poudre Tout ce qu'élève un sot orgueil! Ta clémence est sans borne et ta gloire, infinie! Ton pouvoir est loué, ta sagesse est bénie Dans le berceau, dans le cercueil!

Qui suis-je devant toi pour l'offrir ma prière? Un atome perdu dans les flots de lumière Que tu verses sur l'univers! Je ne suis qu'une feuille au hasard emportée, Et qu'une goutte d'eau par l'orage jetée Dans le gouffre profond des mers!

Qui suis-je moi, Seigneur, pour t'appeler mon père? Pour entendre ta voix me dire: Enfant, espère; Mon ange veillera sur toi? Qui suis-je pour paraître en ta sainte présence? J'ai fait souvent le mal sans craindre la puissance, Quand j'aurais de sécher d'effroi,

Que de jours j'ai passés oublieux de ta gloire! De tes bienfaits, Seigneur, j'ai perdu la mémoire: J'ai senti chanceler ma foi! J'ai douté de ta grâce et ri de ta promesse! Je te voyais si grand que, dans ma petitesse, J'ai dit: Dieu pense-t-il à moi?

Et pourtant, sur mon front, je ne sais pas quel signe Me dit que de ton ciel je puis devenir digne, Et que mes yeux devront te voir. Un rayon merveilleux, une éternelle flamme, Pour s'élancer vers toi, s'échappent de mon âme Comme le fou de l'encensoir.

Non, l'homme tout entier n'est pas pétri de boue! Une étincelle ardente en son âme se joue Comme une étoile en un ciel noir. C'est le foyer brûlant qui fait luire le phare, C'est l'éclat, le parfum dont l'humble fleur se pare, C'est la foi, l'amour ou l'espoir!

Quand le chêne orgueilleux tombe dans la tempête, L'humble roseau, souvent, relève encor la tête: Je me relèverai, Seigneur. Le remords a déjà brisé mon coeur de marbre, Comme le ver caché qui fait périr un arbre Dont il vient de mordre le coeur.

Je t'adore, ô mon Dieu! Que le fier incrédule, Sur son luth profané, chaque jour ne module Que des refrains blasphémateurs, Je ne rougirai point de mes saintes livrées; Ta grâce émoussera les flèches acérées De quelques sots persécuteurs.

Je t'adore, ô mon Dieu! je te sers, ô mon maître! Je bénis ta bonté de m'avoir donné l'être, Ne serait-ce que pour souffrir. Je chanterai ton nom dans mon humble harmonie! Que m'importe le monde et sa froide ironie? Un jour le monde doit périr!

Mes jours sont peu nombreux: laisse-moi, je t'en prie, O maître de la mort, ô maître de la vie, Laisse-moi vivre encore un peu! Seule l'éternité peut mesurer ton âge. Pendant que, dans le ciel, l'ange te rend hommage, Moi je t'adore ici, mon Dieu!