Versos French Pamphile Le May La Rose et le Papillon

French poem

La Rose et le Papillon

by (1837–1918)

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Une rose, Nouvellement éclose Au souffle de matin, Mollement se berçait dans un pré de satin, Parmi cent autres fleurs aux teintes les plus douces, Parmi le vert gazon et les légères mousses Un papillon la vit et en devint amoureux. Ces charmants êtres-là—non pas que je les blâme— Dans une petite âme Renferment de grands feux; Mais ils sont inconstants presqu'autant que les hommes, Et nous sommes Bien plus coupables qu'eux, Je l'avoue à ma honte.

Cessons de commenter. Allons, ma muse conte, En peu de mots si tu le veux, L'histoire tant redite De la rose et du papillon. Que chacun la médite Et craigne de l'amour le cuisant aiguillon.

Mon papillon aima. C'est bien dans sa nature, La douce créature!... Allons! encore une réflexion! Vite, à la question. Il aima follement comme toute jeunesse, Et la rose, sensible à sa brûlante ardeur, Prit un éclat nouveau, comme fait la pudeur Qui devient larronesse, Ce que se dirent ces amants Dans leurs chastes embrassements Je l'ignore.

Le papillon partit, plus il revint encore, Et la fleur Lui donnait chaque jour le parfum de son coeur Et la fraîche rosée Que l'aurore avait déposée Dans son calice vermeil; Et lui, plein d'un amour pareil, De son aile dorée à la fière corolle Faisait une vive auréole.

Un jour il ne vint pas, Et la rose, alarmée, Ne pouvant voler sur ses pas, Pencha sa tête parfumée... Longtemps elle attendit son amoureux divin, Longtemps ce fut en vain, Elle perdit son doux arôme Et jusques au loin, sur le chaume, Ses pétales de feu s'en allèrent mourir.

A l'heure où les derniers allaient aussi périr, Elle vit se traîner tout près, dans l'herbe tendre, Un insecte chétif. Son aile dévastée essayait de se tendre Et ne le pouvait plus. Il arriva plaintif Au pied de sa tige penchée Et demi-desséchée... C'était le papillon ses dernières amours!

D'une lampe, le soir, il avait vu la flamme, Il avait d'une lampe écouté les discours: C'était peut-être infâme, Mais j'ose l'excuser. La lampe le brûla dans son premier baiser.

La rose mourante l'accueille Avec bonté pourtant, Et lui fait un abri de sa dernière feuille, Parce qu'il était repentant.

La rose qui reste à sa tige, C'est l'amour qui remplit sa noble mission, La lampe, c'est la passion Qui donne le vertige; Le papillon, c'est nous, Nous pauvres fous. Qui nous moquons de la constance Pour voltiger à l'abandon! Heureux lorsque la repentance, Nous ramène blessés et nous vaut le pardon!