French poem
Lassitude
by Pamphile Le May (1837–1918)
Traduit de Longfellow.
O mes enfants! pendant bien des années Vos petits pieds iront, déchirés et sanglants, A travers faux plaisirs, vains espoirs, voeux brûlants, Qui jonchent tous nos jours comme des fleurs fanées!... Moi qui verrai bientôt devant mes pas s'ouvrir La porte de ces lieux où le repos commence, Je me sens accablé, chers enfants, quand je pense Au long chemin qu'il vous faut parcourir.
O mes enfants! vous allez croître en âge, Et vos petites mains, fidèles au devoir, Devront longtemps donner, ou même recevoir, Et faire le travail qu'entre tous Dieu partage!... Moi qui sur mon papier sens ma main s'affaiblir, Qui longtemps, ici-bas, travaillai sans relâche, Je me sens accablé quand je pense à la tâche Que vous avez maintenant à remplir!
O jeunes coeurs remplis d'ivresse! Vous vous ouvrez gaîment aux fraîches passions! Mille rêves dorés et mille illusions, Comme des fleurs au vent vous agitent sans cesse!... Mon coeur vieillit! ses jours ne seront pas nombreux; Il a vu son espoir comme une ombre passer! Il a vu ses désirs, tour à tour, s'effacer! Et la cendre des ans couvre aujourd'hui ses feux!
O jeunes âmes ingénues! Vous possédez l'éclat d'un rayon de soleil! Vous avez la blancheur de l'albâtre vermeil! La pureté du ciel d'où vous êtes venues! Mon âme, à moi, languit! Un voile de douleur Me dérobe l'éclat de ma première aurore! Et mon soleil couchant qui se rougit encore N'a plus ses beaux rayons, ni sa douce chaleur!