Versos French Pamphile Le May La Voix des Bois

French poem

La Voix des Bois

by (1837–1918)

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Que nous disent nos bois dans leurs accords sublimes, Et les choeurs des oiseaux qu'ils bercent sur leurs cimes, Les cris mystérieux ou les soupirs plaintifs Que leurs hôtes divers poussent sous les feuillages, Les flots qui vont bondir au milieu des récifs, Comme de blancs agneaux dans les gras pâturages, Et nos champs recouverts de neige ou de moisson, Et nos humbles sentiers comme nos avenues? Que nous répètent-ils? quels chants leurs voix connues Chantent-elles à l'unisson?

Ah! ces bois arrosés du sang de nos apôtres, Du sang d'un Lallemant, d'un Jogue et de tant d'autres Qui jadis, à leur ombre, ont élevé la croix, Et ces champs défendus par le bras de nos pères Contre des ennemis qui méprisaient nos droits Ou se montraient jaloux de nos moissons prospères, N'ont pas que des échos remplis de volupté! Leur voix n'invite point la jeunesse volage A venir badiner sous leur discret feuillage, Ou sur leur gazon velouté!

Ils éveillent en nous de plus hautes pensées, Nous chantent, tour à tour, les victoires passées, Les luttes du présent, l'espoir de l'avenir! Ils nous disent comment, aux jours de l'injustice, Sous le même étendard nous devons nous unir! Comment un peuple lier que l'on traîne au supplice Sait répandre son sang pour sauver son honneur t Comme il doit ressaisir sa puissance échappée! Et quelle gloire attend le brave dont l'épée Se brise au combat du Seigneur!

Ces prés verts que le soc, au mois de mai, sillonne, Ces grands bois rajeunis où la sève bouillonne Et qu'un nouveau feuillage est venu couronner, Disent que la jeunesse est le temps de la vie? Où de saintes vertus notre âme doit s'orner. L'arbre chargé de fruits, dont chaque branche plie, Fait monter la rougeur au front du paresseux. Le ruisseau qui serpente à travers la prairie, Et la feuille qui tombe, incolore et flétrie, Disent que nous passons comme eux!

Et leur vague soupir, leur murmure ineffable Agite et ravit l'âme. Et l'on n'est point capable, Dans le trouble sacré que l'on ressent alors, De saisir, un par un, les sons pleins de mystère Qui forment, réunis, ces magiques accords; Mais on sent que vers Dieu ces transports de la terre S'élèvent à chaque heure, à l'aurore et le soir; On sent que la Nature est fidèle à son Maître, Qu'elle bénit ses lois, et qu'elle sait connaître Mieux que les hommes son devoir.