Versos French Pamphile Le May La Vie

French poem

La Vie

by (1837–1918)

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Et je disais: Pourquoi la vie, Ce grand banquet où l'on convie Tant de pauvres coeurs soucieux! Les longs sanglots de la misère Qui s'élèvent de cette terre Deviennent-ils chants dans les cieux?

Pour celui, mon Dieu, qui t'oublie, C'est un bien peu digne d'envie Que ce mystère si profond. La vie est comme une colline Dont la pente abrupte s'incline Vers un précipice sans fond.

Sur le sommet tout est verdure, Tout est mélodie et murmure, Tout est parfum et volupté! Ou y voit folâtrer l'enfance, Et son oeil plein de confiance Va se perdre en l'immensité!

Mais à mesure que l'on glisse Vers l'insondable précipice Le brillant tableau s'obscurcit: La fleur s'éteint parmi la mousse, Le sol est froid, l'herbe est moins douce Et l'horizon se rétrécit!

Et, sur cette rapide pente, Pour cueillir une fleur brillante, On voudrait s'arrêter parfois; Mais une étrange voix nous crie: «Marche! marche!» et la fleur chérie Échappe à nos débiles doigts!

Et nous marchons avec vitesse, Poussant de l'épaule, sans cesse, Ceux qui cheminent devant nous. Et l'enfance à son tour nous presse; Elle nous crie en son ivresse: «Vous êtes vieux, retirez-vous!»

Oh! du moins laissez-nous encore Nous retourner vers notre aurore Et contempler les jours passés! Mais le passé n'a point de charmes! Les sillons creusés par nos larmes Ne sont pas encore effacés!

Le passé, c'est un cimetière Où reposent, dans la poussière, Nos voeux, nos projets les plus beaux! Où nos plus chères espérances, Où nos plaisirs et nos souffrances Ont trouvé de muets tombeaux!

Pourtant, de distance en distance, Dans ce vaste champ du silence, On voit surgir de douces fleurs: Ce sont les souvenirs suaves De ces temps où nulles entraves Ne captivaient nos jeunes coeurs!