Versos French Pamphile Le May Le Chant du Départ

French poem

Le Chant du Départ

by (1837–1918)

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Dansons, chantons, guerriers, nous aurons la victoire!... Le Huron ne sait plus que prier à genoux. Allons boire son sang. Dans son crâne allons boire!... Le Manitou nous aime, il veillera sur nous.

Au fond de sa cabane, un jongleur solitaire, Dans l'ombre de la nuit, a consulté les vieux. Son oreille attentive, attachée à la terre, A senti tressaillir les os de nos aïeux.

Femmes, à votre épaule attachez la nagane, Dès que se glisseront les rayons matiniers. Que le vieillard sans force, assis dans la cabane, Invente des tourments pour tous nos prisonniers.

Du sang des ennemis notre lèvre est avide. Nos pieds sont plus légers que les pieds du chamois; Sous leurs toits glissons-nous. La vengeance nous guide. La vengeance, guerriers, c'est le plus cher des droits.

Nos forêts ont toujours, sous leurs immenses dômes, Des silences de mort, des ténèbres de nuit. Glissons sous les rameaux comme de noirs fantômes; Tels des serpents rusés, glissons, glissons sans bruit.

Guerre et mort aux amis de ces pâles visages Que l'Esprit du Grand Lac a poussés sur nos bords! Ils n'auront plus jamais de nos vastes rivages Que le sable qu'il faut pour enterrer leurs corps!

«Guerriers, vos tomahawks! Jusques à la rivière Emportez les canots sur votre bras nerveux. Honneur à l'Iroquois dont la main meurtrière Du crâne des vaincus arrache les cheveux!»

Ainsi, le front orné d'un panache de plume, A la brune, chantait un vieux chef iroquois. Il dansait en chantant. Comme un fer sur l'enclume, Sur son dos large et nu bondissait un carquois.

Alors se fit entendre une voix infernale, Puis un rire éclata venant l'on ne sait d'où... La forêt se tordit comme sous la rafale, Et l'on vit s'envoler le nocturne hibou.

Et la troupe sauvage, enflammée, écumante, La haine dans le coeur, s'éloigne des cantons. Chaque jeune guerrier promet à son amante De tailler au scalpel de glorieux festons.