French poem
Le Retour Aux Champs
by Pamphile Le May (1837–1918)
Enfin, j'ai secoué la poussière des villes; J'habite les champs parfumés. Je me sens vivre ici, dans ces vallons tranquilles, Sur ces bords que j'ai tant aimés.
L'ennui me consumait dans tes vieilles murailles, O fière cité de Champlain! Je ne suis pas, vois-tu, l'enfant de tes entrailles Et ton coeur me semble d'airain.
Je suis né dans les champs; je suis fils de la brise Qui passe en caressant les fleurs; Je suis fils du torrent qui mugit et se brise Sur le roc avec des clameurs!
Je suis né du désert, du désert sans limite Où règne le calme et l'effroi; Je suis né des forêts que la tempête agite, Des cimes dont l'aigle est le roi!
Mes premières amours, douces fleurs des vallées, N'ont-elles pas été pour vous? Pour vous, rocs au front nu, forêts échevelées, Vagues des fleuves en courroux?
Pour vous, charmants oiseaux qui semez, à l'aurore, Les doux accords de votre voix, Comme des diamants qu'égrène un vent sonore, Après l'orage, sous les bois?
Je souffrais dans ces murs où s'entasse la foule, Où l'herbe ne reverdit pas, Où la fleur ne naît point, où la poussière roule Comme un flot sale sous nos pas!
J'avais bien assez vu comme le fort repousse Le faible à son boulet rivé, Comme de son orgueil la sottise éclabousse L'esprit qui traîne le pavé!
J'avais bien assez vu la richesse hautaine Ecraser, de son vil dédain, L'indigence en haillons qu'une espérance vaine Jette au hasard sur son chemin!
Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre, Et mes chants étaient suspendus. Je ne retrouvais plus le souffle qui m'inspire, Et je pleurais les jours perdus!
Il me fallait de l'air, le parfum des prairies Où fleurissent les blancs muguets; Il me fallait l'espace et ces courses chéries Le long des onduleux guérets!
Il me fallait le calme, alors que chaque étoile Sourit comme un regard de Dieu, Calme que rien ne rompt si ce n'est une voile Qui retombe sur le flot bleu!
Il me fallait revoir, au milieu de la plaine, Sur le penchant du vert coteau, Le laboureur qui rêve à la moisson prochaine En ouvrant le sillon nouveau!
Il me fallait l'odeur du foin qui se dessèche Sur le champ où passe la faulx, L'odeur du trèfle mûr que flairent dans la crèche, En hennissant, les fiers chevaux!
Il me fallait entendre encor la voix bénie Du vieux clocher de mon hameau; Cette voix qui répète, en vagues d'harmonie, Les gais cantiques du berceau;
Qui porte des chrétiens la prière et l'hommage Au ciel, dans un divin accord, Et qui fera peut-être, un jour, gémir la plage Du glas funèbre de ma mort.