French poem
Le Roseau
by Pamphile Le May (1837–1918)
Au bord d'une fontaine Un roseau, droit et fier, D'une façon hautaine Parlait de sa tige de fer. Or, la brise passa, la brise des prairies Qui porte à chacun Le chaste parfum Des aubépines fleuries. Elle lui dit:
—Fier roseau, courbe-toi Devant moi; Je suis des airs la souveraine, Je suis ta reine.
—Je ne m'incline point, répliqua le roseau, J'ai pour cela trop de noblesse: Si mon refus te blesse Va raconter ta peine à ton ami l'oiseau.
La brise méprisa ce discours malhonnête, Et puis continua son vol En forçant l'orgueilleux à courber jusqu'au sol Sa noble tête.
—C'est un caprice puéril, Se dit-il, Auquel, à l'avenir, je saurai me soustraire.
Une alouette, alors, comme pour se distraire, Vint se jucher sur lui Et le fit de nouveau plier jusques à terre, Il en eut de l'ennui Mais il voulut se taire, Tout en se promettant de ne se courber plus.
Espoirs superflus! Le flot montant de la rivière Le courba de toute manière; Le vent glacé du nord Et du midi la chaude haleine Parurent se mettre d'accord Avec les autres vents qui passent sur la plaine Pour l'humilier aussi Sans merci.
Celui qui ne veut reconnaître Son vrai maître Finit par se mettre aux genoux De tous.