Versos French Pamphile Le May Papineau

French poem

Papineau

by (1837–1918)

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Un peuple, on ces temps-là, montait sur le calvaire, Un peuple qu'on voulait balayer de la terre; Un peuple de héros sourdement opprimé: Et le maître orgueilleux, par la haine animé, De ce peuple oubliait les dévouements sublimes, Rivait d'infâmes fers à des mains magnanimes. Et nul jour au martyr ne rapportait l'espoir; Et, sur ce peuple saint, le ciel voilé de noir Ne laissait plus descendre un consolant sourire. Le tyran eut voulu dès longtemps le proscrire Comme il chassa jadis, pour lui voler son bien, De ses tranquilles bords, l'heureux Acadien.

Et toujours s'élevaient de la terre et de l'onde Un long gémissement, une plainte profonde! Le ruisseau qui courait dans les fertiles prés, Les insectes, les fleurs aux corsages pourprés, Les arbres qui voilaient la route solitaire, Les épis dont le front s'inclinait vers la terre, La brise qui jouait dans la voile de lin, L'oiseau qui de son nid sortait dès le matin, Tout semblait prendre part à la douleur immense De ce peuple écrasé par l'orgueil en démence. Tout priait avec lui, tout avec lui pleurait, Et le lien fatal chaque jour se serrait!

Cependant une voix retentit sur nos rives; Et ses accents émus dans les âmes plaintives Portent un nouveau trouble, un sentiment nouveau. Un homme s'est levé sous le fouet du bourreau; Un homme plein d'amour pour le peuple qui souffre; Un homme qui s'indigne et veut sortir du gouffre Ou l'ont précipité les plus iniques lois! Il proclame des siens les grands, les nobles droits; Il flétrit du tyran la politique louche; Et les brillants discours jaillissent de sa bouche Comme une lave d'or des bouches d'un volcan, Comme les flots de feu du fond de l'océan Que soulèvent, la nuit, les vents et la tempête. Et le peuple s'émeut et relève la tête. Il sent qu'il n'est pas fait pour mourir dans les fers, Et qu'il doit être libre en ce libre univers! Il approche du maître et le regarde en face. Et le maître irrité, surpris de tant d'audace, Arme sa soldatesque et dresse les gibets. Mais le héros sourit de ces sombres apprêts. Assez longs ont été les jours de la souffrance: Parfois le désespoir fait naître l'espérance. Sa parole de feu court sur l'aile du vent; Et le peuple s'agite ainsi qu'un lac mouvant. Le laboureur pensif a de sourdes colères En promenant le soc dans le bien de ses pères. L'image du despote apparaît à ses yeux Comme, au milieu de l'ombre, un fantôme odieux; Et la voix du héros qui brise ses entraves Et pleure sur le sort de ses frères esclaves, Lui rend la fermeté, le courage et le coeur. O Papineau, ton nom comme un aigle vainqueur Plane majestueux sur ta jeune patrie! Il porte l'espérance à la terre flétrie Par le joug écrasant d'un maître sans pitié! Il fait trembler ceux-là qui souillent de leur pié Le front calme et serein du peuple le plus noble! Il fait rugir d'effroi la politique ignoble De ces ambitieux, sanguinaires troupeaux, Qui viennent sur nos bords déchirer en lambeaux, De leurs voraces dents, la terre hospitalière! O Papineau, ton nom, c'est la grande lumière Qui porte dans ses plis le salut et l'honneur! C'est pour le peuple esclave un gage de bonheur! C'est l'aube qui revient après la nuit funèbre! Je le chante en mes vers! ma lyre le célèbre! Tu fus grand, Papineau!... Pourtant ma main frémit! Ma lyre qui chantait se désole et gémit....

Comment cet homme grand dont le puissant langage Des saintes libertés nous apportait le gage Est-il resté courbé sous le joug de l'erreur? Comment cet homme fort qui jetait la terreur Et voyait à son nom fuir l'ennemi suprême, N'a-t-il, dans son orgueil, pu se vaincre lui-même? Et lui qui d'espérer nous faisait un devoir, Comment s'endormit-il d'un sommeil sans espoir? Tu renias le Christ qui rendit l'équilibre Au monde qu'il sauvait en le proclamant libre! Tu renias le Christ, orgueilleux Papineau, Et l'anathème veille, hélas! sur ton tombeau!

Le nom du grand tribun volait de bouche on bouche, L'anglais, en l'entendant, ouvrait un oeil farouche Où l'on voyait briller la haine et le mépris. De l'amour de ses droits le peuple était épris: Il voulait, à jamais, en faire la conquête. Il relevait enfin avec fierté la tête. Plus ardente au combat, la jeunesse surtout Pour secouer ses fers se levait de partout. Dépouillé de ses biens par un malheur extrême, Dépouillé de l'honneur, ce bien sacré, suprême, Qui nous console encor lorsque tout est perdu; Sans parents, sans amis, gémissant, éperdu, Lu jeune capitaine aux cris de la Patrie Ouvrait une âme émue, une oreille attendrie. Son amour malheureux, toujours persécuté, Contre le sort fatal ayant en vain lutté, Se tournait maintenant vers un objet sublime, Vers la Patrie, en pleurs sur le bord de l'abîme; Ainsi la fleur des champs tourne vers le soleil, Après la fraîche nuit, son calice vermeil. Il parlait des devoirs de celui qui gouverne. Et de la lâcheté d'un peuple qui se prosterne Devant la tyrannie, un front pur mais craintif. Il pleurait sur le sort de son pays captif, Démasquait l'ennemi, flétrissait le despote, Et se faisait l'écho du plus grand patriote.

Les jeunes gens aimaient ces étranges discours. Plusieurs voulaient déjà sacrifier leurs jours Pour rendre au sol natal la liberté divine. Les vieillards refroidis, pliés à la routine, Ne voyaient pas sans peur le nouveau sentiment Qui dans les coeurs en feu grondait en ce moment. Ils le combattaient fort. Lozet plus que tout autre De la sainte révolte insultait l'humble, apôtre, Car la haine déjà rongeait son coeur aigri. Et Ruzard lui disait: «Le marin jette, un cri, «Un cri d'amour, d'alarme et de patriotisme; «Il ne s'entend pas mal dans le charlatanisme; «Il veut faire oublier ses méfaits odieux.

Avant que du printemps le soleil radieux Eut fondu, dans les prés, la neige étincelante, Comme dans un creuset, sous la flamme brûlante, Où fond le diamant et la poussière d'or; Avant que le grand fleuve eut repris son essor, Le vieux pilote Auger avait de Lotbinière Laissé, plein de regrets, la rive hospitalière, Disant à sa Louise, en son profond chagrin, Disant à son ami, l'infortuné marin, Un douloureux adieu. Louise désolée Maintenant se voyait, hélas! plus isolée. Son père, auparavant, venait souvent la voir, Lui parlait de Léon, soutenait son espoir. Maintenant qui viendrait dans son humble retraite Lui parler du bonheur que son âme regrette!

Auger vers Gentilly s'était alors rendu. Un oncle de Louise à Québec descendu Avait, à son retour, logé dans la famille Où depuis sa naissance était la jeune fille. Il vit là son beau-frère, et d'une triste voix, Il lui parla, longtemps des douleurs d'autrefois Ils partirent tous deux pour ce joli village Qu'Auger n'avait pas vu depuis son mariage.

Dans son âme Ruzard caressait le projet De devenir bientôt le gendre de Lozet. Cependant son bonheur était remis sans cesse Et cela lui causait une morne tristesse. Il reprochait souvent au malheureux vieillard D'être la cause seul de ce cruel retard. Il jurait que bientôt une attente aussi vaine Le ferait expirer de regret et de peine. Le vieillard protestait de son plein dévouement, Disait que sa Louise écoutait, par moment, Avec plus de candeur, les remarques utiles Qu'il lui faisait souvent. Par ses discours habiles Ruzard, tantôt osé, tantôt adulateur, Trompait, de plus en plus, le vieux cultivateur.