French poem
Où Sont Mes Rêves?
by Pamphile Le May (1837–1918)
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérances Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner mes mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!
Insensé! je croyais au bonheur de la terre; J'étais fait pour aimer et mon coeur était bon! Je n'avais qu'un besoin: la paix que rien n'altère. Comme l'oiseau, j'allais fredonnant ma chanson. Mon âme est une lyre aux branches suspendue, Et la brise qui touche à sa corde tendue Lui fait rendre une plainte. Elle est une humble fleur Éclose, le matin, au bord de la prairie, Qui ne demande au ciel qu'une goutte de pluie Et qu'un doux rayon de chaleur.
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérances Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner mes mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!
Ah! que j'étais heureux quand je pouvais encore, Loin du bruit des cités, loin des hommes jaloux, Courir seul, chaque jour, sur la plage sonore, Écouter les sanglots des vagues en courroux Qui s'en allaient aussi pour ne plus reparaître! Mon Dieu! disais-je alors, je ne viens que de naître, Et, comme ce flot bleu se perd dans l'océan, Je me perdrai bientôt dans ces affreux abîmes Qui ne rendent, hélas! jamais plus leurs victimes, Dans les abîmes du néant!
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérance» Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner me» mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!
Que dis-je? le néant! Erreur, songe, folie l Le néant, c'est le monde avec son sot orgueil; Le monde qui n'a rien et que son destin lie, Comme un pauvre forçat, au mal, aux pleurs, au deuil! Le monde qui promet et qui jamais ne donne! Qui toujours vous offense et jamais ne pardonne, Le monde qui gémit et s'en va soucieux! Ah! que dans ce néant le malheureux s'endorme! Notre âme est immortelle, et rien ne la transforme Lorsque Dieu la rappelle aux cieux!
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérances Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner mes mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!
Où sont ceux que j'aimais? Ces amis de l'enfance, Ces jeunes compagnons qui partageaient mes jeux! Nous marchions côte à côte, avec insouciance, Sous le soleil brillant ou le ciel orageux. Il nous semblait alors que la vie était belle, Que rien ne finissait, qu'une effluve éternelle, Pour rajeunir le monde, en tout lieu débordait. Il nous semblait alors que la vieillesse en larmes N'avait jamais connu les rires et les charmes Que la jeunesse possédait!
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérances Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner mes mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!
Où sont les coeurs de feu, les longues chevelures Que le vent caressait pendant les soirs sereins? Où sont les anges blonds, les jeunes filles pures Qui se laissaient bercer par mes premiers refrains? Où sont les verts sentiers, les bouquets de bruyères Où nos mains se joignaient dans les mêmes prières, Quand chantaient les pinsons sur les épais rameaux? Nos esprits s'envolaient dans un brillant délire; Nous nous sentions heureux, mais alors, pour le dire, Nos lèvres n'avaient pas de mots.
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérances Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner mes mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!
Mais le torrent rapide entraînait la nacelle.... Les vertes oasis et les arbres fleuris Qui couronnaient le front de la rive nouvelle Disparurent bientôt à mes regards surpris. Et j'entendis soudain, l'éclat de la tempête; Je sentis un vent froid qui passait sur ma tête, Et puis un voile épais tomba devant mes yeux. Je crus qu'un lourd sommeil pesait sur ma paupière; Je voulus le chasser; j'appelai la lumière.... O ciel! j'étais devenu vieux!
Où sont mes rêves d'or? Où sont mes espérances Et ces jours de soleil qui se levaient si beaux? Ah! laissez-moi traîner mes mortelles souffrances Au milieu des tombeaux!