French poem
33 (Ainsi que de pâles Statues…)
by Paul Haag (1843–1911)
Ainsi que de pâles Statues, Immobiles, à demi nues, Sont les heures de l’avenir : Leur longue chaîne ne s’achève Qu’aux horizons où notre rêve Essaye en vain de parvenir.
Pourtant par la marche muette Du Temps dont l’errante planète Marque les pas au firmament, Chacune à son tour amenée, Succédant à sa sœur aînée, Devant nous passe lentement.
Alors, pour un instant, la pierre S’anime et la froide paupière S’ouvre au regard mystérieux ; Un frisson passager agite Ce sein de marbre qui palpite : Une âme apparaît dans ces yeux.
La bouche parle : elle nous jette Un lambeau de phrase incomplète Comme un mot d’ordre répété, Et puis cette lueur de vie S’éteint et l’image pâlie Reprend son immobilité.
Heure qui viens, heure prochaine, Toi si voisine dans la chaîne, Ah ! parle, dis-moi ton secret : Ce qu’en ton regard je dois lire, Est-ce un sanglot, est-ce un sourire, Est-ce un espoir, est-ce un regret ?
Hélas ! tu demeures muette Et sourde à ma plainte inquiète ; Mais mon cœur, à la fin lassé Des espoirs menteurs qui désolent, Retourne aux heures qui consolent, Aux heures mortes du passé.
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