Versos French Pierre de Ronsard À Cupidon

French poem

À Cupidon

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Le jour pousse la nuit, Et la nuit sombre Pousse le jour qui luit D’une obscure ombre. L’Autonne suit l’Esté, Et l’aspre rage Des vents n’a point esté Apres l’orage. Mais la fièvre d’amours Qui me tourmente, Demeure en moy tousjours. Et ne s’alente. Ce n’estoit pas moy, Dieu, Qu’il falloit poindre. Ta flèche en autre lieu Se devoit joindre. Poursuy les paresseux Et les amuse, Mais non pas moy, ne ceux Qu’aime la Muse. Helas, délivre moy De ceste dure, Qui plus rit, quand d’esmoy Voit que j’endure. Redonne la clarté A mes tenebres. Remets en liberté Mes jours funèbres. Amour sois le support De ma pensée. Et guide à meilleur port Ma nef cassée. Tant plus je suis criant Plus me reboute, Plus je la suis priant Et moins m’escoute. Ne ma palle couleur D’amour blesmie N’a esmeu à douleur Mon ennemie, Ne sonner à son huis De ma guiterre, Ny pour elle les nuis Dormir à terre. Plus cruel n’est l’effort De l’eau mutine Qu’elle, lors que plus fort Le vent s’obstine. Ell’ s’arme en sa beauté. Et si ne pense Voir de sa cruauté La recompense. Monstre toy le veinqueur. Et d’elle enflame Pour exemple le cœur De telle flame. Qui la sœur alluma Trop indiscrete, Et d’ardeur consuma La Royne en Crete.