Versos French Pierre de Ronsard Apres auoir sué. Epistre

French poem

Apres auoir sué. Epistre

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APres auoir sué sous le faix du harnois, Bornant plus loin ta France, & fait boire aux François Au creux de leurs armets, en lieu de l’eau de Seine La Meuse Bourguignonne, & saccagé la plaine Des Flamans mis en route & l’antique surnom Des chateaux de Marie eschangez en ton nom : Apres estre vainqueur d’vne bataille heureuse, Et veu Cesar courir d’vne fuite peureuse : Et fait d’vn prudent soin comme le marinier, Lequel se souuenant de l’orage dernier, Ancré dedans le port, d’œil vigilant prend garde S’il faut rien à sa Nef : maintenant il regarde Si le Tillac est bon, si la Cerene en bas Est point entre-fendue : il contemple le Mas, Maintenant le Timon : il rabille les coûtes, Les carreaux & les aiz, & les tables dissoutes : Et bien qu’il soit au haure, il n’a moindre souci De sa Nef qu’en tempeste, & se rempare ainsi Que s’il couroit fortune au milieu de l’orage, Et ne se veut fier au tranquille visage Du Ciel ny de la mer pour se donner à l’eau Que premier il n’ait bien calfeutré son vaisseau. Ainsi apres auoir (la guerre estant finie) De viures & de gens ta frontiere garnie, Fait nouueaux bastions, flanqué Chasteaux & Forts, Remparé tes Citez, fortifié tes ports : Bref, apres auoir fait ce qu’vn Prince doit faire Et en guerre & en païs vtile & necessaire Pour tenir ton païs en toute seureté : Sire, i’offenserois contre ta Maiesté, Si comme vn importun ie venois d’auenture Entre-rompre tes jeux d’vne longue escriture, Maintenant que tu dois pour quelque peu de temps Apres mille trauaux prendre tes passe-temps Pour retourner plus frais aux œuuvres de Bellonne. Toutefois le desir qui le cœur m’eguillonne De te monstrer combien ie suis ton seruiteur, Me fait importuner ta Royale grandeur : Et si en ce faisant ie commets quelque vice, Il vient du seul desir de te faire seruice, Qui presse mon deuoir de mettre vn œuuvre mien Sous la protection de ton nom tres-chestien, Le sacrant à tes pieds : C’est, Prince, vn liure d’Odes Qu’autre-fois ie sonnay suiuant les vieilles modes D’Horace Calabrois, & Pindare Thebain, Liure trois fois heureux, si tu n’as à desdain Que ma petite Lyre ose entre tes trompettes Rebruire les Chansons de ces diuins Poëtes : Et que mon petit Myrte ose attoucher le rond Des Lauriers, que la guerre a mis dessus ton front. Mais que dy-ie, à desdain ! i’ay tant de confiance En ta graue douceur, que ta magnificence D’un sourci desdaigneux ne refusera pas Mon ouurage donné, tant soit-il humble & bas : Imitateur des Dieux, qui la petite offrande Prennent d’außi bon cœur qu’ils prennent la plus grande, Et bien qu’ils soient Seigneurs, iamais n’ont à mespris Des pauuvres les preseus tant soient de petit prix. Ce fils de Iupiter ce foudre de la guerre, Hercule, qui tua les Monstres de la terre, Allant pour estre fait d’Olympe citoyen, Ne refusa d’entrer au toict Molorchien : Et mesme ce grand Dieu, qui la tempeste iette, De Bauce & Philemon entré dans la logette, De deux ou trois fleurs son chef enuironna, Que Bauce de bon cœur en present luy donna. Tous les ans à sa feste en Libye honorée Ne luy tombe vn Taureau à la corne dorée, Mais souuent vn Aigneau : car sa grande bonté Ne prend garde aux presens, mais à la volonté. Ainsi suiuant les Dieux ie te suppli’de prendre A gré ce petit don pour l’vsure d’attendre Vn present plus parfait & plus digne d’vn Roy, Que ia ma Calliope enfante dedans moy. Ce-pendant ie priray ta puissance diuine, Ainsi que Iupiter Callimache en son Hynne, » Donne moy (ce dit-il) des vertus & du bien : » Car la seule vertu sans le bien ne sert rien, » Le bien sans la vertu : ô Iupiter, assemble » Tous ces deux poincts en vn, & ne les done ensemble. Les vertus & les biens que ie veux receuoir D’vn si puissant Monarque est vn iour de pouuoir Amener ton Francus suiuy de mainte trope De guerriers, pour donter les Princes de l’Europe. Mais il te faut payer les rais de son arroy : Car il ne veut venir qu’en maiesté de Roy, Bien qu’il soit fugitif, & qu’il n’ait en partage Sinon du pere sien l’adresse & le courage. Außi tu porterois la honte sur les yeux, Si luy qui fut iadis l’ayeul de tes ayeux, Le fils d’vn si grand Roy, venoit seulet en France Donner aux peres tiens la premiere naissance. Puis qu’il trouue en mes vers le vent si à propos, Fay luy enfler la voile, & luy romp le repos Qui le tient paresseux au riuage d’Epire Fraudé de son chemin par la faute de Nauire, De viures & des gens : ouurier ie suis tout prest De charpenter sa Nef & dresser son apprest Pourueu que ta grandeur Royale fauorise A ton ayeul Francus, & à mon entreprise.