French poem
Avantentrée du Roy Trescrestien à Paris, l’an 1549
Voici venir d’Europe tout l’honneur, Ouvre les bras Paris, plein de bon heur Pour embrasser ton Roi qui te decore, Et du parfait de ses vertus t’honore. Heureus Paris, le tresor de ta gloire Sera pendu au temple de Memoire, Tant tu auras de bien et de grand heur, Aiant receu d’Europe la grandeur.
Io Paris, éleve au ciel ta porte, J’oi arriver ton Roi qui te r’apporte La vierge Astrée, et sa belle sequelle Qui s’envolla de ce monde avec elle. Ne la voi-tu comme elle prend sa place A son retour dans le sein et la face De nostre Roine, en qui le ciel contemple Du vrai honneur le portraict et l’exemple ? Et qui en toi un beau jour déplira Quant par ta rue en triumphe elle ira ? C’est celle là dont Arne est orgueilleus, Et qui son nom d’un haut bruit merveilleus Contre les murs de Florence resonne : C’est celle là qui l’espoir nous redonne De voir bien tost le beau lis de rechef Dans l’Italie encor dresser le chef.
Sus donq Paris regarde quel droit estre Ton heur futur, en adorant ton maistre, Ton nouveau Dieu, dont la divinité T’enrichira d’une immortalité.
Comme Tyrinthe est le propre heritage Du grand Hercule, et de Junon, Carthage : Ainsi Paris tu seras désormais Du Roi Henri la ville pour jamais, Et dedans toi les estrangers viendront Baiser son temple et leurs veus lui rendront.
A sa venue il semble que la terre Tous ses trésors de son ventre deserre, Et que le Ciel ardentement admire Leurs grands beautés, où d’enhaut il se mire Enamouré, et courbe tout exprès Ses larges yeus pour les voir de plus près.
Telle saison le vieil âge eprouva. Quand le Chaos demellé se trouva, Et de son poix la terre balancée Fut des longs doits de Neptune embrassée. Lors que le Ciel se voutant d’un grant tour Emmantela le monde tout autour.
Ja du Soleil la tiède lampe alume Un autre jour plus beau que de coustume. Ja les forests ont pris leurs robes neuves, Et moins enflés glissent aval les fleuves, Hastés de voir Thetys qui les attent, Et à ses fils son grand giron estend. Entre lesquels la bien heureuse Seine En floflotant une joie demeine, Peigne son chef, s’agence et se fait belle Et d’un hault cri son nouveau Prince appelle.
Io Paris, voici le jour venir Dont nos neveus se doivent souvenir, Et dans lequel seront apparoissans Et Arcs, et Traits, et Carquois, et Croissans, Qui leur rondeur parfaicte rempliront, Et tout le cerne en brief accompliront, A celle fin que leur splendeur arrive, De l’Ocean à l’une et l’autre rive.
Au jour sacré de la Roialle entrée, Que la Princesse en drap d’or acoustrée Brave apparoisse, et la Bourgeoise face Tous les amours nicher dedans sa face. Que du plus haut des fenestres on rue Les lis, les fleurs, les roses en la rue
De çà et là : Que le peuple ne voie Sinon pleuvoir des odeurs par la voie. Qu’on chante iö, que la solennité Soit egallée à sa divinité.
Cnose jadis ainsi pompeusement Reçeut son Prince, alors qu’heureusement Pour son partage il occupa les cieus, Et qu’il fut Roi des hommes, et des Dieus.
D’un ordre égal en triumphe exaltée Aloit devant la corne d’Amalthée, Aveq’ l’oiseau qui par tout l’univers Porte des Dieus les prodiges divers.
Au grand Henri puissent ils se monstrer Du bon costé qui les faut rencontrer, Lors qu’il se rue au meilieu des dangers, Brisant l’honneur des soudars estrangers.
J’enten desja les trompettes qui sonnent, Et des vainqueurs les louanges resonnent. Je voi desja flamboier les harnois, Et les chevaus courans par les tournois Leurs opposés bravement mépriser, Et jusqu’au ciel les lances se briser.
Là, les faveurs des Dames peu vauldront : Là, les plastrons pourneant deffendront Le combatant, qu’il ne brunche par terre, Si mon grand Roi de sa lance l’enferre : Car le ciel veut qu’il emporte le pris, Et de bien loing passe les mieux appris.
Mais qui sont ils ces Chevaliers vaillans Qui tiennent bon contre tous assaillans, Brûlés de gloire et d’ardeur d’éprouver Si un plus fort se pourroit point trouver ? Soit l’Espagnol aus armes fier et brave, Ou cestui-là que la Tamise lave.
A voir de l’un la force souveraine Je reconnoi la gloire de Lorraine, L’honneur d’Aumalle, en qui luit en la face Tout ce que peut la nature et la grâce, Et qui naguère a joint aveq’ le sien, Du bon Roger le sang tant ancien.
Sus donc Seigneurs, la terreur des humains, Le los de France est ores en vos mains, Nul Chevalier, fust il Roland, ne vienne Tanter vos bras, qu’il ne lui en souvienne, Affin qu’il porte aus nations estranges Dessus son dôs écrites vos louanges.
Et toi Henri triumphe à la bonne heure, Haste tes pas, trop longue est ta demeure : Vien voir Paris la grand’ cité roialle, Et de ta Gent la foi serve et loialle. Vien voir ses jeus, et tout ce qu’elle apreste Pour célébrer de ta grandeur la feste. Facent les cieux que ta puissance greve Si bien l’Anglois, que plus il ne releve : Et que ton bras renvoie par deça Le grand trésor qu’un Roi Jan lui laissa. S’ainsi advient j’animerai ta gloire, Et publirai le gaing de ta victoire Faisant voler ton renom nompareil : Où d’un plain sault le renaissant Soleil Monte à cheval, et là, où il attache Ses las coursiers qu’ans fons des eaus il cache.