French poem
Douce Maistresse, touche
Douce Maistresse, touche Pour soulager mon mal, Mes lévres de ta bouche Plus rouge que Coral : D’un doux lien pressé Tien mon col embrassé. Puis face dessus face Regarde moy les yeux, Afin que ton trait passe En mon cœur soucieux, Lequel ne vit sinon D’Amour et de ton nom. Je l’ay veu fier et brave, Avant que ta beauté Pour estre son esclave Du sein me l’eust osté : Mais son mal luy plaist bien, Pourveu qu’il meure tien. Belle, par qui je donne A mes yeux tant d’esmoy, Baise moy ma mignonne, Cent fois rebaise moy : Et quoy ? faut-il en vain Languir dessus mon sein ? Maistresse, je n’ay garde De vouloir t’esveiller. Heureux quand je regarde Tes beaux yeux sommeiller : Heureux quand je les voy Endormis dessus moy. Veux- tu que je les baise Afin de les ouvrir ? Hà, tu fais la mauvaise Pour me faire mourir : Je meurs entre tes bras, Et s’il ne t’en chaut pas ! Hà ! ma chere ennemie, Si tu veux m’appaiser, Redonne moy la vie Par l’esprit d’un baiser. Hà ! j’en ay la douceur Sentie au fond du cœur. C’est une brusque rage Qui nous poinct doucement, Quand d’un mesme courage On s’aime ardentement. Heureux sera le jour Que je mourray d’amour.