Versos French Pierre de Ronsard Ie suis troublé de fureur

French poem

Ie suis troublé de fureur

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IE suis troublé de fureur, Le corps me fremist d'horreur, D'vn effroy mon ame est pleine: Mon estomac est pantois, Et par son canal ma vois Ne se desgorge qu'à peine. Vne Deité m'emmeine: Fuyez peuple, qu'on me laisse, Voicy venir la Déesse: Fuyez peuple, ie la voy. Heureux ceux qu'elle regarde, Et plus heureux qui la garde Dans l'estomac comme moy! Elle esprise de mes chans, Loin me guide par les champs Où iadis sur le riuage Apollon Florence aima, Lors que ieune elle s'arma Pour combatre vn Loup sauvage. L’art de filer ny l’ouurage Ne plaisoient à la pucelle, Ny le vain mirouer : mais elle Deuant le iour s’esueillant Cherchoit des Loups le repaire, Pour les Bœufs d’Arne son pere L’arc au poing se trauaillant. Ce Dieu qui du Ciel la vit Si valeureuse & si belle, Pour sa femme la rauit, Et surnomma du nom d’elle La ville qui te fist naistre, Laquelle se vante d’estre Mere de nostre Iunon : Ville cent fois bien-heureuse, Qui de tous biens plantureuse Ne celebre que ton nom. Là les faits de tes ayeux Vont flamboyant, comme aux Cieux Flamboye l’Aurore claire : Là l’honneur de ton Iulien Dans le Ciel Italien Comme vne planette eslaire. Par luy le gros populaire Pratiqua l’experience De la meilleure science : Et là reluisent außi Tes deux grands Papes, qui ores Du Ciel où ils sont encores Te fauorisent icy. Sans nombre sont les moissons De Iuillet, & les glaçons Dont Ianuier bride la trace De l’eau prompte à se crouter : Ainsi ie ne puis conter Tous les honneurs de ta race. Le ciel t’a peint en la face Ie ne sçay quoy qui nous monstre Dés la premmiere rencontre, Que tu passes en grand-heur Les Princesses de nostre âge, Soit en force de courage, Soit en royale grandeur. Le comble de ton sçauoir Et de tes vertus ensemble, Dit qu’on ne peut icy voir Rien que toy qui te resemble. Quelle Dame a la pratique De tant de Mathematique ? Quelle Princesse entend mieux Du grand Monde la peinture, Les chemins de la Nature, Et la Musique des Cieux ? Ton nom que mon vers dira, Tout le monde remplira De ta louange notoire : Vn tas qui chantent de toy, Ne sçauent si bien que moy Comme on doit sonner la gloire. Iupiter ayant memoire D’vne vieille destinée Autrefois determinée Par l’oracle de Themis, A commandé que Florence Baisse sous les loix de France Sa fleur en nos fleurs de Liz. Mais à tous Rois il defend Tel honneur, seul ton enfant L’aura, comme stant ensemble, Italien & François, Qui de front d’yeux & de vois A pere & mere resemble. Desia tout colere il semble Que sa main tente les armes, Et qu’au milieu des alarmes Ia desdaigne les dangers : Et seruant aux siens de guide, Veinqueur attache vne bride Aux royaumes estrangers. Le Ciel qui nous l’a donné Pour estre nostre lumiere, Son Empire n’a borné D’vn mont, ou d’vne riuiere : Le Destin veut qu’il enserre Dans sa main toute la Terre, Seul Roy se faisant nommer D’où Phœbus les Indes laisse, Et d’où son char il abaisse Tout panché dedans la mer.