French poem
Ie te veux bastir
IE te veux bastir vne Ode, La maçonnant à la mode De tes Palais honorez, Qui pour parade ont l’entrée Et de porfyre acoustrée, Et de hauts piliers dorez : Afin que le front de l’œuure Du premier regard descœuure Tous les tresors du dedans. Ie veux peindre en telle sorte Tes vertus desur la porte, Merueille des regardans. Sur deux termes de Memoire Ie veux grauer la victoire Dont l’Anglois fut combatu, Et veux encore y portrere Les batailles de ton Pere Soustenu de ta vertu, Lors que ton ieune courage S’opposa contre la rage De l'Empereur despité, Se vantant d'auoir la foudre Dont il briseroit en poudre Paris ta grande cité. » Le conseil & la vaillance » Par vne égale balance » Tousiours veillent à l'entour » Des affaires qui sont pleines » D'vn labyrinthe de peines, » S'entre-suiuans à leur tour. Ce que la faueur celeste Par toy nous rend manifeste, Comme n'ayant desdaigné Dez ta premiere ieunesse De conseil & de proüesse Tousiours estre accompagné. Außi Prince, ta main forte A fait voir en mainte sorte L'impuissance d'euiter Les efforts de ton armée, Quand ta colere enflammée Iustement veut s'irriter. Des Sœurs la plus ancienne Sur la roche Thespienne, Dont ie suis le citoyen, Me garde vne voix hardie, A fin que braue ie die L'autheur de ton sang Troyen. De celle aux peuples estranges Ie sonneray tes louanges, Lors que ton bras belliqueur Aura foudroyé le Monde, Et que Tethys de son onde Te confessera veinqueur. Les Muses ont à leur corde Deux tons diuers: l'vn s'accorde Aux trompettes des grands Rois, L'autre plus bas ne s'allie Qu'au Luth mignard de Thalie Touché doucement des dois De ce bas ton ie te chante Maintenant, & si me vantes De ne sonner iamais Roy Qui en bonté te resemble, Ne Prince qui soit ensemble Si preux & sçauant que toy. Sus donq' France ouure la bouche Au son du Luth que ie touche, Dy que le Ciel t'a donné Vn Roy dispos à combatre, Et prompt par les loix d'abatre Le peché desordonné. Et toy Vandomoise Lyre, Mieux que deuant faut eslire Vn vers pour te marier, Afin que tu faces croire Que veritable est la gloire Qu'on t'a voulu dedier. Tu fesiouis nostre Prince, Tu contentes sa prouince, Et mille furent espris De contrefaire ta grace, Et suiuans ta mesme trace Ont voulu gaigner le prix. Mais ô Phœbus authorise Mon chant & le fauorise, Qui ose entonner le loz De ce grand Roy qui t’honore, Et ses beaux blasons decore De l’arc qui charge ton doz. Et fay tant que sa hautesse Daigne voir ma petitesse Qui vient des riues du Loir Criant sa force & iustice, Afin que l’âge qui glisse, Ne les mette à nonchaloir : Et qui doit chanter la gloire De sa future victoire » S’elle auient : car en tout lieu » De la chose non tissuë » L’heureuse fin & l’issuë » Se cache en la main de Dieu.