Versos French Pierre de Ronsard Ode à l’Aloüette

French poem

Ode à l’Aloüette

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T’oseroit bien quelque Poëte Nier des vers, douce Alouëte ? Quant à moy, je ne l’oserois : Je veux célébrer ton ramage Sur tous oiseaux qui sont en cage. Et sur tous ceux qui sont es bois.

Qu’il te fait bon ouyr ! à l’heure Que le bouvier les champs labeure Quand la terre le Printemps sent. Oui plus de ta chanson est gaye. Que courroucée de la playe. Du soc, qui l’estomac luy fend. Si tost que tu es arrosée

Au poinct du jour, de la rosée. Tu fais en l’air mille discours : En l’air des ailes tu frétilles, Et pendue au ciel tu babilles, Et contes aux vents tes amours.

Puis du ciel tu le laisses fondre Sur un sillon verd, soit pour pondre, Soit pour esclorre, ou pour couver. Soit pour apporter la bêchée A tes petits, ou d’une achée. Ou d’une chenille, ou d’un ver.

Lors moy couché dessus l’herbette D’une part j’oy ta chansonnette : De l’autre, sus du poliot, A l’abry de quelque fougère J’escoute la jeune bergère Qui desgoise son lerelot.

Lors je dy, tu es bien-heureuse Gentille Alouette amoureuse, Qui n’as peur ny soucy de riens. Qui jamais au cœur n’as sentie Les desdains d’une fîere amie, Ny le soin d’amasser des biens :

Ou si quelque soucy te touche. C’est, lors que le Soleil se couche, De dormir, et de resveiller De tes chansons avec l’Aurore Et bergers et passans encore, Pour les envoyer travailler.

Mais je vis tousjours en tristesse Pour les fiertez d’une maistresse Qui paye ma foy de travaux. Et d’une plaisante mensonge. Mensonge, qui tousjours allonge