Versos French Pierre de Ronsard O Pere, ô Phebus

French poem

O Pere, ô Phebus

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OPere, ô Phœbus Cynthien, O saint Apollon Pythien, Seigneur de Déle, isle diuine, Cyrenean Patarean, Par qui le trepié Thymbrean Les choses futures deuine : Ou soit que Clare, ou que tes sœurs Te retiennent de leurs douceurs, Ou soit que tu laues en l’onde D’Eurote clairement roulant Le crespe honneur du poil coulant Par flocons de ta teste blonde : Entens, ô Prince, mon soucy, Et vien pour soulager icy Celle qui ne m’est moins cruelle Que la fieure, qui va mordant D’vn accez & froid & ardant, La douce humeur de sa moüelle. Quoy, sur elle n’espandras-tu Quelque iust remply de vertu ? Veux-tu pas son medecin estre ? Si seras où ie fus deceu Ayant l’autre iour apperceu Ton Cygne voler à main dextre. Tu as seul des Dieux cest honneur D’estre Poëte & gouuerneur De toute herbe soit de campaigne, Soit de monts soit de prez velus, Soit de bocages cheuelus, Soit de celles que la mer baigne. Par toy Esculape pilla Les enfers lors qu’il resueilla Hippolyt de la gresle bande, Et fraudant le Prince inhumain, Luy arracha hors de la main Le tribut qu’à tous il demande. Par ta puissance le charmeur Arreste de l’homme qui meur L’ame à demy desia rauie : Par toy le medecin expert Ayant inuoqué ton nom, pert Le mal larron de nostre vie. Fils de Latone escoute moy, Vien, & apporte auecque toy Le Moly & la Panacée, Et l’herbe que Medée auoit, Quand reuerdir elle deuoit D’Eson la ieunesse passée : Et l’herbe forte qui changea Glauce si tost qu’il la mangea, Le faisant immortel d’vn homme : Qui par la mer entre les Dieux Ne craint que le temps odieux Le nombre de ses ans consomme. Brise-les du bout de ton arc, Puis d’elles pressurant le marc Fais vn bruuage & le luy baille, Ou bien les applique à ses bras, Et lors ô Pean, tu rompras Le mal qui deux ames trauaille. Desia son beau coural s’esteint, Et ia la Rose de son teint Se fanit pallement flestrie, Et l’œil meurtrier où m’aguettoit Amour archerot qui estoit L’obiect de mon idolatrie. Tu peux, Prince, en la guarissant, Me soulager moy perissant Au feu qui sa fiéure resemble : Ainsi ratifiant mes vœux, De mesme cure si tu veux, Tu en guariras deux ensemble. Lors vn temple i’edifi’ray, Où ton image ie feray De longues tresses honorée, A son doz pendray l’arc Turquois, La Lyre sœur de son carquois, A son flanc la dague dorée.