Versos French Pierre de Ronsard O France mere fertile. Victoire de Chabor

French poem

O France mere fertile. Victoire de Chabor

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OFrance mere fertile D’vn peuple à la guerre vtile, Terre pleine de grand heur, Pren ceste douce couronne Que Chabot pour son vœu donne Au temple de ta grandeur : Lequel ains que son espée Au sang haineux fust trempée, Du miel de sa langue molle Se des-aigrit le souci, Et de sa douce parolle Flatta sa chere ame ainsi. » Vne ame lasche & couarde » Au peril ne se hazarde. » Et d’où vient cela que ceux » Qui pour mourir ici viuent, » L’honneste danger ne suiuent, » A la vertu paresseux ? » Miserable qui se laisse » Engloutir à la vieillesse : » Heureux deux & trois fois l’homme, » Qui desdaigne les dangers : » Tousiours vaillant on le nomme » Par les peuples estrangers. Disant tels mots il appreste Au combat ses membres forts, D’vn armet couurit sa teste, Et de maille tout son corps : Il prist l’espée en la destre, Le bouclier en la senestre, Et horrible à l’approcher Esclairoit comme vne foudre Qui chet pour ruer en poudre Le haut sourci d’vn rocher. » De iuger par coniecture » La fin de l’heure future » Nous rend le cœur plus hautain : » Donnant à qui sage y pense, » Vne grande recompense » D’auoir preueu l’incertain. Mesmes c’est le tout que d’estre Des mains aux armes adestre, Qui doiuent meurdrir la face De l’aduersaire odieux, Et qui font au veinqueur place Au plus haut siege des Dieux. Toy, deuant les yeux de France Per à per en camps d’outrance, As remis dessus ton front Ce qu’on embloit de ta gloire : Et i’y grauay la victoire Que mille ans ne desferont. Ta main, ta voix, & ta face, Et le maintien de ta grace Qui eust adoucy la rage Du plus foible belliqueur, Si la fureur du courage Ne luy eust sillé le cœur. » Vne nuë d’erreur pleine » Qui nous trouble volontiers, » Couurant la raison nous meine » Esgarez des beaux sentiers : » Nous fians (sots que nous sommes) » Aux vents incertains des hommes, » Qui soufflent pour nous tromper » En cent sortes & manieres, » Et aux faueurs iournalieres » Que le fer sçait bien couper. » Toutefois la palle Enuie » Espie tousiours la vie » De l’homme, à qui le bon-heur » De la victoire honorable » Par sa face venerable » A peint l’image d’honneur. » La loy de nature tourne, » Rien de ferme ne seiourne, » Diuers vents sont en mesme heure, » Ore Hyuer ores Printemps : » Tousiours la vertu demeure » Constante contre le temps. Ah ! ce labeur que i’accorde Dessus ma Thebaine corde Ne cesse de me tenter Afin qu’au iour ie le monstre, Et que ie marche à l’encontre Du veinqueur pour le chanter, Le mariant aux haleines Des trompettes qui sont pleines D’vn son furieux & graue. Qui mettroit à nonchaloir La victoire que ie laue Dedans les ondes du Loir ? » Qu’on chante les nouueaux Hynnes, » Mais qu’on vante les vins vieux. » Ceux qui font les vertus dignes, » Sont engrauez dans les cieux. » Du couard la renommée » Ne fut oncques estimée » (Quoy qu’il face du vaillant) » Soit au camp parmy les troupes, » Soit en la mer sur les poupes » Lors que lon va bataillant. Mer qui a cognu ta race, Humble appaisant son audace Sous ton oncle Gouuerneur Du flot qui venteux arriue Contre la Françoise riue Bruyant encor son honneur. » O Chabot, bien peu ie prise » De gaigner vne entreprise » Que la Fortune deliure » A chacun egalement : » Mais c’est beaucoup que de viure » Par elle eternellement. Ta vertu seroit trompée, Et non-plus que ton espée Mist à veincre l’ennemi, Non plus viue seroit elle, Si ie n’auoy coupé l’aile Du long silence endormi : Monstre qui a de coustume De couuer dessous sa plume La vertu qui s’est parfaite En l’honneur d’vn acte beau : Mais celle que tu as faite N’ira pas sous le tombeau. I’ay iuré de faire coistre Ta gloire contre les ans, Faisant par elle apparoistre Combien mes vers sont plaisans, Qui tesmoignent à la France Comme ta braue asseurance Te fist marcher glorieux, Vestu d’honneur & de gloire, Ayant raui la victoire Par le fer victorieux.