Versos French Pierre-Jean de Béranger La Peyronnette

French poem

La Peyronnette

by (1780–1857)

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Chers eunuques du portefeuille, Ventrus, que nous avons truffés, De la liberté qui s’effeuille Tous les germes sont étouffés ; Mais cette canaille qui pense, Ose ne pas le trouver bon… Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Il faut, pour gouverner la France, Mettre la pensée en prison.

Entendez-vous ces cris sinistres Du meurtre de nos libertés ? La chute de vos sept ministres Doit absoudre les royautés, Et l’on exile en espérance Les sept Lycurgues à Toulon ! Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Faites respecter l’impudence Sous la robe de Lamoignon !

Mais sur vos chaises septennales Vous n’êtes pas mieux éclairés ; À vos consciences vénales Nous jetons des gâteaux dorés ; Chez vous le cœur est dans la panse Et ne bat plus sous un cordon. Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Pillez la ruche, et, par prudence, À l’abeille ôtez l’aiguillon.

Avec Canning, de ridicule Couvrant tous nos exploits guerriers, Aux jambons de la Péninsule

Ils font honneur de nos lauriers, Et sur le bûcher de Valence Leurs traits ont gravé notre nom. Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer il suffit de Guyon. De l’aigle, cher à la vaillance, Livrons les foudres aux dindons.

Sous les charniers de la police Où les libelles sont éclos, Ils marchent devant la justice Dont ils allument les fallots ; Mais dans les mains d’une Éminence, Ils n’osent éteindre un tison. Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Que Vidocq ait l’omnipotence, Que Tharin soit un Fénélon !

De la vierge de Louis onze Vos dons excitent l’appétit. Encor des lois ! coulez en bronze La servitude de l’esprit.

Aux talents votez l’indigence, Les poucettes à la chanson ! Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Proscrivez même l’éloquence ! Nous n’y tenons pas, par raison.

Que nos libertés en marasme Meurent, et que tous nos valets, Échappant aux cris du sarcasme, Se vautrent dans l’or des budgets. Le commerce a trop d’opulence… Qu’il creuse pour nous son sillon. Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon ; Et qu’aux ronces de la puissance, La brebis laisse sa toison.

Et toi, Discorde en chapeau rouge, Aiguise ton poignard sacré ; Broie en paix les sucs de Montrouge Dans l’eau bénite des curés. On réserve à ton innocence Le monopole des prisons. Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Rendons le peuple à l’ignorance, Changeons le sceptre en goupillon.

Lâchons la meute qui nous flatte Sur tous nos ennemis muets, Et sans crainte qu’il se débatte, Pendons l’honneur à nos gibets. Que bientôt la Charte, en silence, Y perde son dernier haillon… Vite un bâillon, Un saint bâillon, Pour éclairer, il suffit de Guyon. Il faut, pour gouverner la France, Mettre la pensée en prison.