French poem
La Romance de mademoiselle Justine
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
L’autre jour la tendre Justine Chantait, en courant le gibier, Les amours du vaillant Ogier, Qui va combattre en Palestine ; Par ces mots cent fois répétés,
Elle interrompait sa romance : « Montez chez moi, messieurs, montez ; « J’ai des appas, messieurs, tâtez ; « Venez, nous ferons connaissance. « J’aurai beaucoup de complaisance, « Beaucoup, beaucoup de complaisance. »
Par respect pour sa noble dame, Disait Justine en roucoulant, De la France Ogier s’exilant, Au désespoir livre son âme ; Sa dame par ses cruautés, Le contraint à fuir sa présence : « Montez chez moi, etc. »
J’adore, hélas ! ma suzeraine, S’écrie Ogier, versant des pleurs ; J’ai fait triompher ses couleurs Sans la voir sensible à ma peine. Sous ses yeux chers et redoutés Mourir était mon espérance… « Montez chez moi, etc. »
Mais je pars, ô dame chérie ! J’accomplis un ordre inhumain ; Pour avoir baisé votre main Vous m’exilez de ma patrie ! De tant de soupirs rejetés Qu’un soupir soit la récompense… « Montez chez moi, etc. »
Il s’embarque, et plein de sa flamme Ogier périt dans l’Orient. Chaque nuit un spectre effrayant Vient baiser la main de sa dame. De vos amants, jeunes beautés, Ne rebutez pas la constance. « Montez chez moi, messieurs, montez ; « J’ai des appas, messieurs, tâtez ; « Venez, nous ferons connaissance. « J’aurai beaucoup de complaisance, « Beaucoup, beaucoup de complaisance. »