French poem
Le Cordon sanitaire
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Un Espagnol, du haut de la frontière Où nos soldats se trouvaient arrêtés, Leur demanda, d’une voix libre et fière : Qu’avez-vous fait de votre liberté ? Nos vieux guerriers lui rappellent leur gloire, Mais l’Espagnol leur dit : Parlez plus bas ; Soldats français, il n’est qu’une victoire : C’est d’être libre et vous ne l’êtes pas. (bis.)
Le Catalan près de nos preux s’avance, Et malgré l’ordre on le laisse approcher. Lors il leur dit : Eh ! qu’ont fait pour la France, Tous vos succès qu’elle paya si cher ? Que lui sert-il de fatiguer l’Histoire, À répéter vos marches, vos combats ? Soldats, etc.
Un roi couvert d’une gothique rouille, Insolemment vient vous tyranniser, Et vous tremblez sous un sceptre en quenouille Qu’un faible enfant suffirait à briser ; À vos exploits je refuse de croire, Puisque la peur enchaîne encor vos bras. Soldats, etc.
Au mot de peur, nos guerriers en furie Allaient lancer un plomb sûr et mortel ; Mais l’Espagnol, sans s’émouvoir, leur crie : Ce n’est pas moi qui dois rougir l’autel. Si l’honneur veut un sang expiatoire, À vos tyrans envoyez le trépas ! Soldats, etc.
Comme le vent chasse un léger nuage, De nos guerriers le courroux a passé, Et le Français répond avec courage, À l’Espagnol qu’il tenait embrassé : La Liberté repassera la Loire, Nous la suivrons, vieux et jeunes soldats,
Chacun de nous jure par la Victoire, De vivre libre ou de ne vivre pas ! »
Soudain, pour faire un drapeau tricolore, Un colonel donne un manteau d’azur ; Un grenadier, sur le lys qu’il abhorre Ouvre sa veine et répand un sang pur ; Comme un fanal du haut d’un promontoire, Le drapeau saint brille sur nos climats, Et tout Français jure par la Victoire, De vivre libre ou de ne vivre pas. (bis.)