French poem
Le Porte-coton du Roi
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
D’un roi qu’on désira, dit-on, C’est moi qui suis porte-coton. À la cour tenant bien ma place, Je vois, quoi qu’il fasse, Le roi face à face. Français, honorez tous en moi Le porte-coton du roi !
Mes honneurs, longtemps abolis, Refleurissent avec les lis ; Au Louvre enfin, la bonne chère De mon savoir-faire Fait un ministère. Français, etc.
Un trône, où même on est porté, Est un siège trop haut monté ; Sa Majesté, ne vous déplaise, Bien plus à son aise S’assied sur ma chaise. Français, etc.
Quand le coton nous manquera, Et c’est quand Wellington voudra, Qu’une charte que sans réserve Personne n’observe, De coton me serve. Français, etc.
Chez nous, j’en juge à ce qu’on fait, La peur produit un grand effet. En vain Milord nous encourage, Pour le moindre orage, Je suis à l’ouvrage. Français, etc.
D’après le mal qu’on eut céans, J’ai craint monseigneur d’Orléans ; Mais de coton faisant dépense, Lui-même, je pense, Eut mal à la panse. Français, etc.
Mais, grand Dieu ! ne voilà-t-il pas Qu’au nom du roi des Pays-Bas, Mon maître qui respire à peine, Tenant sa bedaine, Près de moi se traîne ! Français, etc.
Fils d’un vaurien dont les projets Donnaient la colique aux Anglais, Un autre petit personnage, Malgré son bas âge, M’accable d’ouvrage. Français, etc.
Devant moi si quelque suspect Se bouchait le nez sans respect, Que par clémence on le châtie, Qu’il fasse partie De quelque amnistie.
Français, honorez tous en moi Le porte-coton du roi !