French poem
Le Lit
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Je n’ai, disait Lucrèce, Qu’mon lit pour tout trésor, Encor, Tout qu’il vienn’ d’un’ princesse, Ou d’quelqu’ fill’ d’Opéra Comm’ça, Mon lit cri’par-ci, mon lit craqu’par-là, Eh ! lon, lan la, L’vilain lit qu’c’est là.
Fi de là chicorée ; Du raisin j’n’aim’ pas trop L’sirop ; D’café, peur d’êtr’ sevrée, Faut qu’j’me donn’ diablement D’mouvement ; Mon lit cri’, etc.
Un vieux qu’j’avais en vue, Sans m’avertir, un soir, Vient m’voir ; Il entend que je r’mue,
Écoute et dit : J’en sais Assez. Son lit cri’, etc.
J’suis bien loin d’êtr’ bégueule, Mais j’crève, en vérité, D’santé ; Aussi, quand je suis seule, Et qu’certain mal trop grand Me prend, Mon lit cri’, etc.
Quoique j’loge au cinquième, L’portier n’entend-il pas D’en bas ; L’voisin du quatrième À frapper au plafond S’morfond. Mon lit cri’par-ci, mon lit craqu’par là, Eh ! lon lan la, L’vilain lit qu’c’est là.