French poem
Le Libertin au Régime
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Vers la vieillesse j’avance, Disait certain débauché ; Il faut suivre l’ordonnance, Mon médecin s’est fâché. Je vais renoncer aux belles Pour prolonger mes destins. Adieu donc, mesdemoiselles, On me défend les catins.
Je sers une femme honnête, Qui vante ses feux discrets Et soutient qu’au tête à tête Elle trouve peu d’attraits. Pourtant il faut qu’à la dame Je dise un de ces matins : Adieu donc, honnête femme, On me défend les catins.
Rose me paraît novice, Bien, dis-je, on la formera ; Elle n’entend rien au vice, Mon régime lui plaira.
Mais Rose, par trop de zèle, Montre des goûts libertins ; Adieu donc, jeune pucelle, On me défend les catins.
En vain Lucrèce vous jure Qu’elle aurait plutôt péri Que, dans certaine aventure, D’avoir trahi son mari. Hier, j’ai de sa tendresse Reçu des gages certains ; Adieu donc, chaste Lucrèce, On me défend les catins.
Bons maris, vous que j’estime, Désormais, sans nul effroi, Pour adoucir mon régime, Venez trinquer avec moi. Messieurs, point d’humeurs jalouses Pour les succès que j’obtins. Mes adieux à vos épouses ! On me défend les catins.