French poem
Les Consolations
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Marton, puisque ta maîtresse M’abandonne à ma douleur, Sur le lit de la traîtresse Prends pitié de mon malheur. Va bien, va bien, ma petite, Console-moi vite. Sophie, en ce moment fatal, Comble les vœux de mon rival. Ah ! Marton, malgré tes appas, Non, non, je n’y survivrai pas !
Ce lit même où je te presse Est témoin que l’autre jour,
D’une éternelle tendresse Elle assurait mon amour. Va bien, va bien, ma petite, Console-moi vite. Un autre lit, en ce moment, L’entend faire un pareil serment. Ah ! Marton, etc.
Marton, pardonne à mes larmes, Hélas ! ton sein trop charmant Me rappelle tous les charmes De l’objet de mon tourment. Va bien, va bien, ma petite, Console-moi vite. Ta maîtresse, à l’amant qui l’a, En montre deux comme ceux-là. Ah ! Marton, etc.
Lorsque tu te mets en nage Pour effacer tant d’attraits, Ton adroit libertinage Semble augmenter mes regrets. Va bien, va bien, ma petite, Console-moi vite. Aujourd’hui Sophie est, crois-moi, Non moins indécente que toi. Ah ! Marton, etc.
Combien dans ses lacs perfides J’ai fait d’efforts imprudents !
L’amour et les cantharides M’ont cent fois mis sur les dents. Va bien, va bien, ma petite, Console-moi vite. De peur qu’on la laisse en chemin À cette heure elle y met la main. Ah ! Marton, etc.
Contre le mal qui m’oppresse, Que tes efforts sont puissants ! Il se calme, et ma tristesse Tire à sa fin, je le sens. Va bien, va bien, ma petite, Console-moi vite. Mais à ton tour tu sens combien Mon cœur s’épanche dans le tien. Ah ! Marton, grâce à tes appas, Je crois que je n’en mourrai pas !