French poem
Les J’ai
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Un Picard franc et drôle, De huit jours à Paris, M’aborde avec des yeux contrits : — Enfin Vénus m’enrôle, Et mon cas est jugé. Apprends tout ce que j’ai : J’ai !…
J’ai vu fille agaçante, Aux yeux noirs et hardis, Aux reins souples et rebondis ; Sa gorge est ravissante, Son esprit dégagé De tout vain préjugé. J’ai !…
J’ai d’abord à la belle Montré ma vive ardeur, Et de ma bourse la rondeur. J’ai vu soudain par elle Mon amour partagé, Et le compte arrangé. J’ai !…
J’ai joui de ses charmes Au moins jusqu’à deux fois, Et j’ai bien raté jusqu’à trois. C’est en versant des larmes Que j’en ai pris congé, Le cœur bien soulagé. J’ai !…
J’ai la plus juste crainte Depuis cet instant là. Tiens, vois l’état où me voilà… Vois d’une verte teinte Mon linge endommagé… Ah ! je suis enragé ! J’ai !…