French poem
Sermon d’un Curé janséniste
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Hier nous dansions sur le pré, Haut l’pied, gai ! vient notre curé Qui nous dit : Tous mes vins sont bus, J’en suis aux roquilles. Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.
À certain jeu, fort à mon gré, Haut l’pied, gai ! dit notre curé, Tricher est un horrible abus, Même avec les filles. Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.
C’est un coq bien dénaturé, Haut l’pied, gai ! dit notre curé, Celui qui des œufs frais pondus Casse les coquilles. Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.
Cet abus, jadis ignoré, Haut l’pied, gai ! dit notre curé,
Fait grand tort à mes revenus, Ainsi qu’aux familles. Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.
De baptêmes je suis sevré, Haut l’pied, gai ! dit notre curé ; Pas plus de bâtards que d’élus, Tout n’est que broutilles ! Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.
Dies iræ ! Dies iræ ! Haut l’pied, gai ! dit notre curé ; Que d’enfants morts sans oremus Au pied des charmilles ! Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.
Oui, faites comme je ferai, Haut l’pied, gai ! dit notre curé, Et j’aurai vieux vins, bons écus, Et nièces gentilles. Haut l’pied, gai ! jouez, mes bons drilles, Gai, gai ! mais ne trichez plus.