French poem
Plainte portée à la Cour de Justice, contre un Homme sans honneur, par une Femme délicate et passionnée
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Messieurs, je dénonce à la cour Un libertin qui, chaque jour
Me fait mainte équipée ; Quoiqu’il soit presque mon époux, Je ne m’en plaindrais point à vous, S’il ne m’avait (ter) trompée.
Mais il me trompera toujours ; Je sais que vers d’autres amours Il a pris sa volée ; Lise lui vend cher ses appas ; Pourtant, je ne m’en plaindrais pas, S’il ne m’avait (ter) volée.
Mais il me volera toujours ; À mon or pour mieux donner cours À table il s’évertue : Il s’enivre à tous ses repas ; Pourtant, je ne m’en plaindrais pas, S’il ne m’avait (ter) battue.
Messieurs, il me battra toujours, Mais pour le plus noir de ses tours, Que je sois écoutée : Infidélités, vols et coups, Sont des torts que j’oublierais tous, S’il ne m’avait (ter) ratée.