French poem
Petit Vaudeville
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Qu’un vieux baron couvert de rouille, Exhumé d’un sombre manoir, Sur la Charte qui le dépouille Veuille poser son éteignoir,
Passons-lui ce petit manège… Autrefois, ce bon châtelain Pendait les gens pour un lapin : Il n’a plus ce doux privilège.
Qu’aujourd’hui, grâce à la sottise De nos élégants un peu fous, Les lourds pantins de la Tamise Viennent donner le ton chez nous, D’un tel caprice je me raille, Car, n’en déplaise à Wellington, La gloire de donner le ton Nous revient un jour de bataille.
Certaine pièce courageuse Allait, dit-on, paraître au jour, Quand une police ombrageuse Vient lui jouer un vilain tour. Pauvre auteur ! ta bile s’allume… Tu me fais rire, en vérité ! Pourquoi parler de liberté Avant d’avoir vendu ta plume ?
Entendez-vous à la tribune Cet orateur aux cheveux roux, Contre un membre qui l’importune, Par ordre, exhaler son courroux ?
« Eh ! messieurs, regardez au centre… Du roi voilà les vrais sujets ! » C’est juste ! ils enflent vos budgets Selon que vous enflez leur ventre.
Ministres de miséricorde, Dans vos pieuses missions, Sans doute, la douce concorde Conduit vos saintes légions ? « Pour prêcher la paix, l’Évangile, Chers frères, nous vous invitons… » Demandez plutôt aux Bretons Qui les ont chassés de leur ville ?
Trestaillons du Gard et du Rhône, Qui voilant vos affreux desseins, Au nom de l’Église et du Trône, Naguère étiez nos assassins ; Monstres souillés de tant de crimes, Craignez un sanglant souvenir !… La justice est prête à punir… On ose pleurer vos victimes.
— Quel outrage ! quelle injustice ! — Quoi donc ? — Fameux par tant d’exploits, Nos braves souffriraient qu’un Suisse Gardât le palais de nos rois !…
Calmez l’humeur qui vous emporte ; Chacun son métier, mes amis : Le Français bat les ennemis Et le Suisse garde la porte.