French poem
L’Académie des Gourmets
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Dieu ! quelle belle Académie Sera celle de ces gourmets, Si, comme je n’en doute mie, Elle doit se fonder jamais !
L’ancienne étant un modèle, Dans son genre, l’on peut gager Qu’ils sauront se pénétrer d’elle, Sauf à quelques détails changer.
Avant toute chose, on présume Que de nos quarante immortels Ils laisseront là le costume, Pour rester habillés tels quels.
Au lieu d’un glaive pacifique, Donc inutile, ipso facto, D’une fourchette plus pratique Ils se ceindront, et d’un couteau
Ils feront un dictionnaire À l’instar… c’est tout indiqué, Qui, pour n’être que culinaire, N’en sera pas moins pratiqué.
Ils auront, en leur Athénée, À donner des prix Monthyon, Par exemple… à qui, dans l’année Fut le meilleur amphitryon.
C’est une vertu comme une autre, Après tout, de bien recevoir ; Est-ce votre avis ? C’est le nôtre, Je dirai plus, c’est un devoir.
Ils récompenseront de même Les maîtres-queux, les cordons bleus, Inventeurs de ragoûts suprêmes, De quelque plat miraculeux.
Un jour ou l’autre, une vacance Peut se produire dans leurs rangs. Ils se trouvent donc en présence De deux ou plusieurs concurrents.
Or, que fait notre aréopage ? Il va dîner chez chacun d’eux, Et puis, il donne son suffrage À qui l’aura traité le mieux.
En un déjeuner dînatoire Supérieurement conçu, — Disons même « dodinatoire » L’heureux élu sera reçu,
Avec les honneurs de la table, Et sans eau claire et sans discours, Un vin, pour peu qu’il soit sortable, Étant plus éloquent toujours.
Ces gastronomiques séances Attireront le Tout-Paris, Plus qu’aucune autre, car tu penses ! Les invités seront nourris.